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L’inflation alimentaire et les présidentielles

Selon la Banque de France, l’inflation alimentaire devrait se situer autour de 2,3 % en 2027. Un chiffre presque rassurant, mais trompeur. Car le piège classique des statistiques d’inflation consiste à confondre ralentissement de l’inflation et baisse des prix : lorsque l’inflation alimentaire passe de 12 % à 1 %, les prix continuent d’augmenter, simplement moins vite. Selon les indices de l’Insee, un panier alimentaire qui coûtait 100 euros en août 2021 en coûte aujourd’hui près de 124, soit une hausse de 24 % en cinq ans, nettement plus que l’ensemble des prix. Le problème n’est donc plus seulement l’inflation, mais le niveau atteint par les prix, alors que, comme le rappelle l’économiste Jean-Luc Ginder, « en 2024, 9,8 millions de personnes vivaient sous le seuil de pauvreté monétaire en France métropolitaine ». Une pauvreté qui « commence silencieusement, lorsque le consommateur cesse d’acheter ce dont il aurait besoin et commence à acheter uniquement ce qu’il peut encore payer », insiste l’économiste.

Or, comme l’annonce Dominique Schelcher, le patron de Coopérative U, le lait, la viande et les produits transformés à base de fruits et légumes vont augmenter. Autrement dit, la facture des hausses de 2026 arrivera dans les chariots en pleine campagne présidentielle.

Une partie de la réponse se jouera bien entendu dans les négociations commerciales, mais il serait insensé de vouloir protéger le consommateur sur le dos des agriculteurs. Un juste prix pour le producteur n’est pas une variable d’ajustement : c’est la condition même du maintien d’une production nationale. « La ferme France traverse l’une de ses crises les plus dramatiques. Il est donc indispensable d’ouvrir ces négociations maintenant afin de revoir la rémunération des producteurs. Pour certains produits, comme une boîte de haricots, il s’agit d’ajouter quelques centimes, ni plus ni moins », souligne auprès d’A&E Arnaud Rousseau, le patron de la FNSEA, qui souhaite également traiter au plus vite le dossier de la répartition des marges entre distributeurs, industriels et agriculteurs.

Il a raison. Toutefois, le vrai problème est ailleurs. Nous payons aujourd’hui principalement la facture d’une politique structurelle de décroissance qui a sévi durant plusieurs décennies dans l’agriculture et l’industrie : surtranspositions en série, stockage de l’eau entravé, normes empilées, molécules retirées sans alternative. Cette accumulation a un coût, et ce sont les consommateurs qui, au bout du compte, le paient.

On ne réglera donc pas la question du pouvoir d’achat alimentaire avec des chèques ou des injonctions aux distributeurs. On la réglera en redonnant aux agriculteurs les moyens de produire. C’est cela, le vrai débat de 2027. Le reste revient à mettre un cataplasme sur une jambe de bois.

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