Retour sur la campagne « L’eau, on la gère », dont l’objectif était de déconstruire les arguments et les mythes utilisés dans le débat sur l’irrigation. Quinze jours de communication sur les réseaux sociaux alors qu’une sécheresse historique frappait la France
Six mois après avoir connu un hiver marqué par des inondations et des records de précipitations, la France affichait l’indice d’humidité des sols le plus bas jamais mesuré depuis 1959, dépassant 1976 et 2022, sur plus des deux tiers du territoire. Entre-temps, le pays a traversé un printemps où les précipitations ont chuté de 70 % dès avril, pour affronter ensuite un été de vagues de chaleur répétées.
— Lire le dossier complet « L’eau, on la gère pour nourrir la France »
Cette bascule prouve, pour celles et ceux qui en doutaient encore, la nécessité d’une gestion de l’eau nouvelle et ambitieuse. Car la France ne manque pas d’eau, elle manque d’une politique de gestion de l’eau. Une vérité que le Parlement commence à prendre en compte, comme en témoigne l’adoption de la loi d’urgence pour la protection et la souveraineté agricoles, dont plusieurs articles visent à débloquer la construction de retenues de substitution, jusqu’ici enlisée dans les contentieux.
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Cet été offrait donc le moment idéal pour expliquer, chiffres à l’appui, le caractère indispensable de cette libération réglementaire, qui peut se réaliser sans mettre en péril ni la ressource ni les milieux. Tel fut l’objet de la campagne « L’eau, on la gère pour nourrir la France », menée par A&E sur LinkedIn, X et Facebook du 3 au 17 août.
Quinze jours, quinze publications
Chaque jour, à partir des données des agences de l’eau, du Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) ou du ministère de l’Agriculture, la campagne a permis de déconstruire une idée fausse et d’apporter des clarifications précises, avec un résultat dépassant toutes espérances : plus de 1,2 million de vues cumulées, des centaines de commentaires argumentés, et une viralité alimentée par des professionnels, comme les Irrigants de France, Interfel, l’AGPM, la FNSEA, la Coordination rurale, et de nombreux agriculteurs.
La presse n’a pas été en reste : Géraldine Woessner, journaliste au Point, a salué ces « petits bijoux » quotidiens, tandis qu’Emmanuelle Ducros, de L’Opinion, a estimé que cette campagne « décoiffe des certitudes ». Pour sa part, l’ancien ministre François de Rugy a jugé cette déconstruction « à lire absolument », et le député Éric Martineau, qui avoue relayer rarement les posts d’autrui, a salué un travail « toujours très documenté ».
L’eau, ce n’est pas du pétrole
Le fil conducteur fut tiré dès le deuxième jour : l’eau n’est pas du pétrole, elle circule dans un cycle fermé et ne disparaît pas quand on l’utilise. De là découlent les principaux mythes à déconstruire. Celui du rôle de l’agriculture, qui ne prélève que 1,7 % de la pluie efficace française, loin derrière le refroidissement des centrales ou les canaux de navigation. Celui du maïs « assoiffé » : une plante en C4 qui consomme moins d’eau par kilo de matière produite que le blé, et dont seul un hectare sur quatre est irrigué. Celui, surtout, du vocabulaire militant, à savoir les « mégabassines », la « privatisation » et l’« accaparement de l’eau », termes que la campagne décortique pour démontrer leur véritable objectif : instaurer la décroissance. Enfin, la comparaison européenne : avec 20 % de sa ressource hydrique mobilisée, la France irrigue trois fois moins que l’Italie ou la Grèce, alors qu’elle dispose de davantage d’eau.
Cette pédagogie éclaire l’enjeu de la loi votée cet été, mettant en évidence que le blocage des retenues n’a jamais été technique, mais politique. Quatre cents projets sont encore aujourd’hui à l’arrêt. En plaçant l’eau agricole au même niveau que l’eau pour le milieu naturel, et en harmonisant les règles locales sur la loi, le texte fait enfin sauter quelques-uns des nombreux verrous que les contentieux systématiques renforçaient un peu plus chaque année.
Ainsi, depuis des décennies, on a accumulé les projets de stockage à l’arrêt, en laissant toujours le rapport de force l’emporter en faveur de l’écologie politique. Le témoignage d’un maraîcher charentais, dont le projet a été annulé trois mois après son acceptation au prétexte de la fusion des régions en 2015, illustre parfaitement cette « lâcheté politique » dont le monde agricole a trop longtemps été victime. Même si elle ne résout pas tous les problèmes, la loi d’urgence agricole apporte donc une lueur d’espoir, car elle acte le principe de gérer l’eau plutôt que d’arbitrer des pénuries non anticipées, et surtout elle fixe comme nouvel objectif de doubler la capacité de stockage d’ici 2035.
Après des années d’atermoiements, c’est cette rupture avec l’impuissance politique qui reste désormais à confirmer.

