Quel manque d’audace !

Le 4 avril 2005, deux jours après la cassation par le Conseil d’Etat de la décision prise par l’ancien ministre de l’Agriculture Hervé Gaymard de suspendre la commercialisation du fipronil, Dominique Bussereau a immédiatement pris un arrêté interdisant de nouveau la mise sur le marché des semences traitées avec la molécule maudite. Alors que son prédécesseur n’avait accordé qu’un délai de sept jours pour permettre au fabricant de formuler ses observations (la loi imposant un délai minimum), Dominique Bussereau ne s’est pas embarrassé : il n’a tout simplement pas accordé de délai !

En février 2004, au moment de la suspension de l’utilisation du fipronil, cette substance avait fait l’objet d’une véritable campagne médiatique instrumentalisée par Bernard Fau, l’avocat de l’Union nationale de l’apiculture française (Unaf). Dans le cadre de l’instruction de St Gaudens préalable à la mise en examen des PDG de Bayer CropScience et Basf, le juge Guary avait sollicité l’avis du professeur Jean-François Narbonne concernant les éventuels effets toxiques du fipronil sur la santé humaine. Au mépris du secret de l’instruction, l’avocat de l’Unaf avait ensuite rendu publiques les conclusions alarmistes du professeur Narbonne. On peut donc accorder à Hervé Gaymard que sa décision, prise en toute précipitation et sous les feux des médias, relevait d’un souci des risques sanitaires. Un an plus tard, un rapport de l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa), publié le 5 avril 2005, lève toute ambiguïté à ce sujet. Dans Le Figaro du 6 avril 2005, le professeur Narbonne s’est d’ailleurs vu contraint de faire son mea culpa et de déclarer que les « données [de l’Afssa] sont rassurantes ».

C’est également ce que sait pertinemment Dominique Bussereau, puisque ses propres services ont autorisé l’exportation des semences traitées au Gaucho et au Régent TS. Or, on voit mal un ministre français accepter d’exporter un produit s’il était convaincu que celui-ci est hautement toxique pour la santé humaine ou même seulement pour les abeilles. A moins de lui prêter des pratiques particulièrement immorales…

Sa décision ne relevant plus d’un souci de santé publique, ni de celui de la santé des abeilles, on peut se demander ce qui a motivé le ministre. Pourquoi a-t-il agi comme si l’étude de l’Afssa, pourtant commanditée par son prédécesseur, n’existait pas ? Estime-t-il que les travaux de l’Agence pour la santé sont inutiles ? Ou bien aurait-il fait l’objet de pressions politiques, son fief électoral – la région Poitou-Charentes – se trouvant à proximité de la Vendée ? Certaines mauvaises langues prétendent que Dominique Bussereau aurait déclaré, lors d’un entretien privé, qu’il ne se voyait pas devenir la prochaine cible d’un futur livre de Philippe de Villiers. On imagine difficilement le Général de Gaulle, Pierre Mendès France ou Jean Monnet se laisser dicter leur conduite par de telles considérations…

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