Un bien curieux courrier signé Corinne Lepage

Une petite cinquantaine de coopératives ont récemment reçu un bien étrange courrier. Il s’agit d’une « Lettre ouverte aux organismes professionnels qui envisagent la culture de maïs OGM », signée Corinne Lepage. Sans en-tête ni adresse, ce texte – rempli de fautes d’orthographe – reprend l’essentiel de l’argumentation anti-OGM : danger pour la santé humaine, dépendance vis-à-vis des fournisseurs, coûts supplémentaires, etc. Mais cette lettre ouverte suggère surtout que les organismes professionnels pourraient être tenus pour responsables si l’utilisation d’OGM s’avérait dangereuse : « Si des risques sanitaires avérés venaient à être connu [sic], vous seriez demain tenu [sic] pour responsable [sic] en tant que professionnels ayant participé à la mise sur le marché de produits dangereux. Nous avons connu déjà de telle situation [sic] par le passé, le cas de l’amiante étant à ce sujet exemplaires [sic]. »

Voilà qui ressemble à s’y méprendre à une menace, d’ailleurs aussitôt suivie d’une sorte d’offre de service. En effet, s’adressant aux présidents des organismes professionnels, le courrier assure que l’avocate serait « à [leurs] côtés pour [les] soutenir contre cette démarche que l’on présente comme un Eldorado », tout en précisant qu’« il serait tout aussi inconscients [sic] de se priver des débouchés de ces travaux [sur les OGM] ».

Une juriste comme Corinne Lepage ne peut pourtant pas ignorer que dans l’affaire de l’amiante, citée en exemple dans la lettre ouverte, toutes les entreprises mises en cause ont été exonérées de leur responsabilité dans la mesure où elles ont pu prouver avoir agi en fonction des connaissances du moment. C’est d’ailleurs au même motif que Me François Honnorat a été débouté récemment par la Cour de justice des communautés européennes (CJCE) dans l’affaire de la vache folle. L’avocat n’a en effet pas été capable de prouver que la contamination des victimes ne pouvait pas être antérieure au mois de mai 1988, date à laquelle remontait la carence de la République française invoquée dans la plainte.

Or, nulle part le courrier ne démontre le danger de la mise en culture d’OGM. Et le fait de faire état « de nombreuses publications scientifiques allant à l’encontre d’une autorisation de mise en culture en plein champ », sans les mentionner, ne représente en aucun cas un argument convaincant. Dans ces conditions, il est difficile de croire qu’un tel courrier, si mal rédigé et au contenu si déroutant, puisse provenir d’un cabinet d’avocats aussi réputé que celui du 40 rue de Monceau !

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