De l’Afssa à la DGAL : transfert ou promotion ?

La nomination de l’ancienne directrice de l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa), Pascale Briand, à la tête de la Direction générale de l’alimentation (DGAL), a suscité peu de réactions, en dehors d’un article assez mordant rédigé par LePoint.fr. « L’annonce a été brutale. L’actuelle directrice de l’Afssa n’a appris qu’hier sa nomination à ce poste moins prestigieux, puisque moins médiatique, pour une prise de fonction immédiate », indique Le Point du 22 juillet 2009. Dans un jeu de chaises musicales, Pascale Briand (dont le poste est repris par Marc Mortureux) remplace donc Jean-Marc Bournigal, qui succède à Pascal Viné, anciennement directeur général des Politiques agricoles, agroalimentaires et des territoires, lui-même étant appelé à la direction du cabinet de Bruno Lemaire. Le « transfert » de Mme Briand, décidé à Matignon, serait le fruit de ses « cafouillages en termes de communication, notamment sur le dossier des OGM », croit savoir Le Point. Il est vrai que la politique de communication de l’Afssa a quelquefois suscité des incompréhensions, compris parmi ses propres experts, qui l’ont souvent jugée insuffisamment réactive face aux insoutenables attaques dont l’agence a fait l’objet.

Le Canard tire sur l’Afssa

Comme le note la Cour des comptes dans ses observations sur les exercices 2003 à 2006, « les dépenses de communication » de l’Afssa ont augmenté de plus de 50 %. En outre, le service de Mme Briand a confié une partie du travail de rédaction à des agences de communication sans respecter « le principe d’égalité » pour la passation de marchés publics. Une critique reprise par Didier Hassoux dans Le Canard Enchaîné d’avril 2008, qui mettait en cause le prédécesseur de Pascale Briand à l’Afssa, Martin Hirsch. Ce dernier s’est défendu en rappelant que ces reproches s’adressaient à Mme Briand, qui a fait passer le service de communication « de moins de quatre personnes à onze personnes ». Les éléments mis en avant par Le Canard Enchaîné sont tous postérieurs à son propre départ, s’est justifié Martin Hirsch.

Pourtant, la décision de Pascale Briand d’augmenter les efforts consacrés à la communication reste compréhensible au regard des nombreux sujets traités par l’agence et de l’importance accrue que revêt aujourd’hui la communication.

Mais ce n’est pas le seul reproche qui lui soit adressé. « Les missions les plus évidentes de cette direction étaient de verrouiller la communication vers l’extérieur », remarque sur le site du Point un internaute qui semble assez bien informé des affaires de l’agence. Mme Briand aurait- elle poussé la centralisation de la communication au point d’empêcher l’expression libre de ses chercheurs ? Pour certains sujets – comme la question des mortalités d’abeilles –, la réponse est affirmative.

Une nécessaire indépendance

Pourtant, le vrai problème se situe ailleurs. Créée en 1998 suite à la crise de la vache folle, l’Afssa a reçu pour mission de contribuer par ses expertises indépendantes et rigoureuses à la sécurité alimentaire des Français. Cette tâche – similaire à celle de la Food and Drugs Administration aux États-Unis – ne peut être menée à bien qu’à l’abri des pressions en tout genre (qu’elles émanent du monde industriel ou des organisations environnementales), ainsi que des aléas politiques. Or, l’engagement notoire de Pascale Briand au sein du parti majoritaire, de même que ses relations privilégiées avec le Premier ministre François Fillon, n’ont été pas propices à la nécessaire indépendance requise par son poste. Dans ce contexte, le recrutement de Marie Fillon, la fille du Premier ministre, en tant que rédactrice d’articles, de communiqués et de dossiers de presse au sein du service communication de l’agence depuis octobre 2007, n’est pas des plus heureux.

Il n’est donc pas étonnant que sur des dossiers aussi sensibles que celui des OGM, la communication hésitante de l’Afssa ait pu faire l’objet de reproches, tant de la part des partisans des biotechnologies que de celle de leurs opposants – chaque parti trouvant matière à critique –, comme ce fut le cas en février dernier lors de la publication par Le Figaro de l’avis positif de l’agence sur le MON 810.

À dire vrai, ces hésitations semblaient surtout être le reflet des oppositions internes du gouvernement. En effet, les avis des experts en charge du dossier pour l’agence ont toujours été clairs. Entre ces derniers et les contraintes politiques, Pascale Briand a finalement su manoeuvrer sans trop porter atteinte à l’agenda du gouvernement. Contrairement à ce que laisse entendre Le Point, il n’est donc pas certain que le Premier ministre ait quoi que ce soit à reprocher à Mme Briand. Et il est encore moins sûr que sa nomination à la DGAL – un poste plutôt stratégique par les temps qui courent – représente un recul dans la hiérarchie du pouvoir.