Les écolos jouent les « grenello-frustrés »

Depuis le report sine die de la taxe carbone par Nicolas Sarkozy, le monde de l’écologie s’agite, exprimant sa frustration et sa déception. Tandis que le WWF et France Nature Environnement ont décidé de rester des partenaires acquis au Grenelle de l’environnement – tout en déplorant que le chef de l’Etat ait « cédé à la pression de certains syndicats agricoles » –, Nicolas Hulot a déclaré qu’il suspendrait « sa participation aux groupes de travail », estimant nécessaire « une mise au point ». L’animateur va donc « prendre cette année de recul pour revenir à la fin de l’année avec de nouvelles propositions ». Notamment en demandant la tenue d’un « Grenelle de l’Agriculture ». Bigre !

Plus radical, le lobby du bio, représenté notamment par Dominique Marion, président de la Fédération nationale d’agriculture biologique (Fnab), Philippe Collin, porte-parole de la Confédération paysanne, Jean-Paul Jaud, réalisateur anti-pesticides, Philippe Desbrosses, président d’Intelligence Verte et François Veillerette, du Mouvement pour les droits et le respect des générations futures (MDRGF), ont signé une tribune dans Le Monde. Leur objectif ? Avouer ne jamais avoir cru en Nicolas Sarkozy. Et la photo de famille au Grenelle ? C’était de la figuration ! Car s’ils ont joué le jeu, c’était pour « arracher quelques avancées ». « Les signataires de cette tribune, dont beaucoup ont participé aux travaux du Grenelle de l’environnement, ne peuvent pas être classés dans la catégorie des crédules ou autres naïfs qu’on peut berner si facilement avec quelques promesses faciles […]. C’est donc sans illusion sur la sincérité de Nicolas Sarkozy qu’ils avaient participé au Grenelle de l’environnement en 2007 », indiquent-ils, avant de reprendre leur traditionnelle tirade contre « les puissances de l’agriculture industrielle », le « lobby agricole » et « la « forteresse agricole » qu’est la FNSEA ». Ainsi, les anciens « partenaires » du Président radicalisent leur discours : M. Sarkozy devra rendre « des comptes aux générations futures ». Car leur champion d’hier est devenu le Judas d’aujourd’hui, celui qui ne sait effectuer qu’un « double calcul corporatiste et électoraliste au détriment d’une vision à long terme », et qui « a depuis bien longtemps renoncé à se battre » contre la Commission européenne et son président Barroso. Quant au ministre de l’Agriculture, il n’est même pas capable de « supporter les coups de boutoir répétés de ce lobby agricole » ! Il a « le cuir beaucoup trop fin »… Bref, ce discours a le mérite de la clarté. Promis juré, les petits fours à l’Elysée – même bio –, c’est fini !

Enfin, il y a les radicaux des radicaux : ceux qui ont « n’ont jamais cru à la farce du Grenelle », et qui se retrouvent dans le journal La Décroissance. Au menu du numéro d’avril : « La décroissance vite ! » Dans sa tribune intitulée « les cocus du Grenelle », le politologue Paul Ariès s’amuse : « Après avoir fait la bise à Nathalie Kosciusko-Morizet, le député européen José Bové s’indigne sur France Info : “Tout le discours sur l’écologie était du bling-bling.” Non, sans blague ? […] Ces gentils négociateurs [WWF, Greenpeace et les Amis de la Terre] du Grenelle n’ont donc toujours pas compris qu’ils ont été roulés dans la farine par plus malins qu’eux. […] Nous ne cessons de le clamer depuis le premier jour : cette mascarade ne servait qu’à passer le plat du capitalisme vert. ». Certes, on peut concevoir avec Paul Ariès qu’en ce qui concerne la préservation de la planète à la sauce décroissante, le Grenelle n’est pas une réussite. En revanche, si Nicolas Sarkozy a sacrifié les OGM, n’a-t-il pas également apporté une légitimité inespérée aux écologistes, notamment aux mouvements les plus marginaux comme le MDRGF ou Agir pour l’Environnement… dont certains dirigeants sont devenus de notables conseillers régionaux ? Alors, frustrés, peut-être ? Mais élus grâce à Sarkozy, sûrement !

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