Du Pétain dans Marianne

Dans le dernier numéro de l’hebdomadaire Marianne, le journaliste gastronomique Périco Légasse se félicite du travail de Thierry de Pierrepont, producteur de légumes bio installé dans la Manche. « Premier producteur bio de France, le Domaine Pierrepont s’étend sur 120 ha et atteint un rendement de 40 t de carottes bio par hectare », explique-t-il. La méthode de son propriétaire : « plus de travail ; donc plus d’emplois », et surtout, « de la terre et des bras, pas des molécules » ! Certes, il y a aussi un peu d’agronomie, « cette science prescrivant une gestion naturelle des sols ». En fait, il s’agit ni plus ni moins du retour aux théories sulfureuses du duo Raoul Lemaire-Jean Boucher, dont la « méthode-miracle », censée remplacer la chimie, a connu ses heures de gloire dans les années soixante. Cette méthode consiste à déverser sur les sols du lithotamme, une algue calcaire fossile présente dans l’Atlantique nord et plus particulièrement dans les Glénans. A l’époque, Raoul Lemaire avait construit un véritable business, piégeant pendant plus de vingt ans des milliers d’agriculteurs. Il n’en est pas resté grand-chose… D’ailleurs, même le très bio Claude Aubert, pionnier de l’agriculture biologique en France, a finalement admis que « mettre des algues calcaires partout, même sur des sols calcaires, est une aberration ».

Cependant, l’admiration de Périco Légasse pour les théories périmées de Raoul Lemaire – candidat aux élections législatives de 1956 au sein du mouvement de Pierre Poujade et de Jean-Marie Le Pen –, ne s’arrête pas à ces quelques considérations agronomiques. « La méthode de culture biologique Lemaire-Boucher permet d’arrêter net l’exode rural, de sauver la civilisation chrétienne, l’âme paysanne, nos libertés, nos âmes, l’agriculture et le monde en péril », expliquait Jean Boucher il y a quarante ans. Ces propos semblent avoir inspiré l’ancien chauffeur de Jean-François Kahn, qui souhaite voir la renaissance « des villages, des artisans, des activités de proximité et de cette société rurale dont l’extinction coïncide avec l’émergence d’une certaine forme de barbarie ». Comme Raoul Lemaire, dont les clients étaient recrutés parmi les paysans qui ne se reconnaissaient pas dans l’extraordinaire mouvement de modernisation que traversait la France après la guerre, Périco Légasse préfère « les savoir-faire disparus » et les méthodes « des ancêtres ». Visiblement, La Terre qui ne ment pas du Maréchal Pétain n’est pas encore morte ni enterrée. On en retrouve quelques traces jusque dans les colonnes de Marianne…

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