OGM : Jean-Claude Juncker fait l’unité… contre lui !

Opposant déclaré aux OGM alors qu’il était Premier ministre du Luxembourg (1995–2013), Jean-Claude Juncker, le nouveau patron de la Commission européenne, n’a pas l’intention de laisser polluer son mandat par d’interminables débats sur les biotechnologies végétales. Après avoir fait adopter une renationalisation de fait des autorisations de mise en culture des plantes génétiquement modifiées, il propose maintenant de permettre « aux États-membres d’adopter des décisions nationales en vue de restreindre ou d’interdire l’utilisation d’OGM dans les denrées alimentaires ou les aliments pour animaux ». Autrement dit, M. Juncker compte bien « refiler la patate chaude » aux gouvernements nationaux, qui devront justifier leur mesure restrictive « sur des motifs légitimes autres que ceux liés aux risques pour la santé humaine ou animale, ou pour l’environnement ».

En effet, ce domaine reste du ressort exclusif de l’Autorité européenne de sécurité des aliments, toujours en charge de l’évaluation scientifique. Ce point est fondamental, car il permet à l’exécutif européen de réaffirmer « la primauté de la science dans le processus d’autorisation ». Parfaitement conscientes du fait que l’opposition aux plantes génétiquement modifiées relève de la sociologie, les ONG – telles Greenpeace ou les Amis de la Terre – mènent en effet une guerre de sape contre les experts européens, dont l’évaluation est basée exclusivement sur la science. Le dossier des OGM est instrumentalisé pour obtenir ni plus ni moins un changement du « modèle actuel de production industrielle de l’alimentation », comme l’admet volontiers José Bové. D’où l’hostilité de ce dernier au projet de Juncker, qui ne modifie en rien le processus d’autorisation communautaire des plantes génétiquement modifiées.

L’élu écologiste a trouvé de singuliers alliés, en tête desquels figure le Département d’État américain. Craignant une « fragmentation » du marché européen et une atteinte à la libre circulation des marchandises, « l’administration américaine a fait tous les étages à Bruxelles contre le projet », a confié une source proche du dossier. L’agro-industrie, et notamment les coopératives agricoles françaises, sont elles aussi irritées contre le projet de la Commission. Alors qu’à ce jour, les produits alimentaires génétiquement modifiés et disponibles pour les consommateurs restent en nombre très limité, les aliments destinés aux animaux sont dans une situation très différente. « Plus de 60 % des besoins de l’UE en protéines végétales pour le bétail sont couverts par les importations de soja et de farine de soja en provenance de pays tiers où la culture d’OGM est largement répandue », note la Commission. Dans ces conditions, difficile de concevoir ce qu’entraînerait une interdiction nationale des importations en termes de logistique et de coût final pour le consommateur ! Enfin, Initiatives Biotechnologies Végétales (IBV), qui fédère l’interprofession semencière, voit dans la proposition de Jean-Claude Juncker « un nouveau signal négatif pour l’innovation en Europe ». Bref, loin de clore le débat sur les OGM, cette proposition coalise pro et anti OGM… contre elle ! Toutefois, son principal mérite est de mettre en lumière l’absurdité d’un combat irrationnel contre un mode de sélection variétale utilisé depuis plusieurs décennies sans qu’on ait pu lui imputer le moindre scandale sanitaire ou environnemental.

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