Doggy bags… Hourra, hourra, hourra !

edito gil riviere-wekstein

« A l’issue des débats à l’Assemblée nationale, le projet de loi présenté par le gouvernement, qui comportait de timides avancées en matière de rééquilibrage des relations commerciales, s’est mué en une loi alimentaire dont les agriculteurs eux-mêmes ont pu, légitimement, se sentir les grands oubliés, la discussion ayant davantage porté sur l’usage des doggy bags que sur la création de valeur et l’enjeu de sa juste répartition», déplore un communiqué de la commission des affaires économiques du Sénat, présidée par la sénatrice LR Sophie Primas. On en déduit sa volonté de revenir à l’essentiel : «Permettre aux agriculteurs de vivre décemment de leur travail, réduire leurs charges et leurs contraintes, promouvoir les productions locales et de qualité.»

Recadrer quelques articles votés par l’Assemblée nationale ne suffira cependant pas à « revenir à l’essentiel ». Le problème, c’est le processus même des Etats généraux de l’alimentation voulus par le président Macron. Une triste vérité : avec sa vision réductrice de l’agriculture, l’hôte de l’Elysée refuse de traiter les véritables problèmes auxquels font face les agriculteurs.

Ainsi, depuis cinq ans, les importations agricoles ont augmenté de 7 milliards d’euros alors que le volume d’exportation est stable. Sans les boissons, la France affiche un déficit commercial en produits agricoles de 6,6 milliards d’euros ! Ainsi, un poulet sur deux consommés aujourd’hui par les Français est importé, tout comme 25% de la consommation de porc. Du côté des fruits et légumes, notre balance commerciale est déficitaire de 4 milliards d’euros chaque année et ce bilan s’aggrave tous les ans. Cette tendance s’observe particulièrement dans le secteur de l’agriculture biologique, où les importations explosent, contrairement aux dires de l’Agence Bio qui refuse de donner des chiffres véritables.

Or, pendant les débats parlementaires, a-t-on entendu les députés se mobiliser pour la reconquête de notre marché intérieur ? Quelles mesures a-t-on prises pour favoriser le développement de nos exportations face à l’évolution de l’agriculture chez nos principaux partenaires européens (Espagne, Allemagne, Pays-Bas, Danemark) ? Rien face à la montée en puissance de l’Europe de l’Est, comme si la bataille de la compétitivité était déjà perdue. Pourtant 4 litres de lait sur 10 partent à l’exportation, tout comme 40% de nos céréales, ou encore un tiers de nos pommes. La France reste championne dans la production de sucre de betterave, premier exportateur mondial de pommes de terre, ou encore premier exportateur de semences. Mais pour combien de temps encore ? Aucune de ces filières n’a été prise en considération par les députés, bien plus mobilisés pour inventer de nouvelles taxes (sur les phytos) et des contraintes supplémentaires (séparation conseils-ventes).

Bref, le «président Emmanuel Hors-Sol», soutenu par sa majorité parlementaire « En Marche Hors-Sol », est en train de signer la fin d’un modèle agricole sans mettre en place la première mesure permettant d’en construire un nouveau.

En revanche, il y aura bientôt des doggy bags dans les restaurants parisiens… Hourra, hourra, hourra!