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Crise agricole : analyse des faux remèdes

À l’occasion des manifestations agricoles, le grand public a encore une fois renouvelé sa confiance aux agriculteurs. Sans toutefois proposer toujours des solutions adéquates comme en témoignent les déclarations diverses de la sphère complotiste ou de la droite radicale.

Depuis le début du mois de décembre, la colère agricole gronde à nouveau, attisée par la double actualité de l’accord du Mercosur et de la dermatose nodulaire contagieuse (DNC). Le 18 décembre, quelque 8 000 agriculteurs venus de toute la France, mais aussi d’Europe, se sont rendus dans la capitale belge pour dénoncer le Mercosur, puis une nouvelle démonstration de force s’est produite le 20 janvier à Strasbourg, devant le Parlement européen.

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Un soutien indéfectible

Ces mobilisations ont permis de confirmer l’indéfectible soutien de la population dont bénéficie le monde agricole. Ainsi, un sondage CSA réalisé le 8 janvier pour Europe 1, CNews et le JDD rappelait que 79 % des Français soutiennent les agriculteurs dans leur démarche, et un sondage d’Elabe pour BFMTV, publié le 17 décembre, indiquait déjà que 92 % des Français déclarent avoir une bonne image des agriculteurs, le même pourcentage estimant que l’agriculture est assurément un secteur en difficulté.

Si ce capital de sympathie n’est pas un fait nouveau, est nouvelle, en revanche, la prise de conscience des difficultés actuelles que traverse le monde agricole notamment sur les questions des distorsions de concurrence, témoignant d’une communication réussie des principaux syndicats, la FNSEA et la Coordination rurale. Au point que certaines personnalités politiques se sont résignées à mettre en sourdine leurs sempiternelles dénonciations du productivisme de l’agriculture française. Aurélie Trouvé, députée de La France insoumise, est même venue afficher son soutien, le 8 janvier, aux membres de la Coordination rurale, en clamant : « Nous sommes aux côtés des agriculteurs », tandis que Marine Tondelier, cheffe de file des écologistes et candidate à la prochaine présidentielle, a déclaré, le 15 janvier : « Les agriculteurs ont tout notre soutien, comme cela a toujours été le cas. »

Le logiciel décroissant toujours en marche

Cette belle « solidarité » affichée par la majeure partie du monde politique et de la population ne doit cependant pas masquer une autre réalité. Car, dès lors qu’il s’agit de proposer des remèdes à cette crise agricole, on observe de curieuses prises de position, suggérant que le logiciel de pensée écolo-décroissant demeure encore très vivace.

Et cela pas seulement dans la mouvance écologiste, naturellement attirée par le dogme du « small is beautiful ». Ainsi, les solutions à la crise agricole brandies se trouveraient dans le retour aux pratiques agricoles du siècle dernier (ferme familiale de toute petite taille, spécialisation dans les produits dits « de qualité », localisme et vente en direct, etc.).

Ce thème du localisme fut très présent dans le discours du Front national lorsque Florian Philippot était encore l’influent conseiller de Marine Le Pen

Ce thème du localisme, qui fut très présent dans le discours du Front national lorsque Florian Philippot était encore l’influent conseiller de Marine Le Pen, alors en croisade contre les néonicotinoïdes et les OGM, continue ainsi à s’exprimer ici et là. Il figure, par exemple, sur le compte X du groupe parlementaire du RN : « Face à l’Union européenne qui étrangle notre agriculture par ses normes et ses traités absurdes, reprenons le contrôle en instaurant le localisme. » Ou encore dans la bouche de l’eurodéputée RN Valérie Deloge, qui affirme que « le localisme, l’écologie et la sécurité alimentaire, ça va ensemble ! », en promouvant des « fermes à taille humaine, proches des citoyens, pour une alimentation locale et durable, sans importer ce que nous savons produire chez nous ! ».

La convergence des luttes

À cette cascade de fausses bonnes solutions vient s’ajouter un autre problème : une inquiétante forme de convergence des luttes au nom d’un populisme qui se fédère autour d’idées simplistes, à savoir que les ennemis de l’agriculture seraient le mondialisme, les multinationales, Bruxelles, mais aussi l’ensemble des organisations professionnelles agricoles, avec pour principales cibles la FNSEA et son patron, Arnaud Rousseau.

On retrouve ainsi ces éléments de langage à gauche, chez LFI ou les écologistes, mais également dans certains médias de la sphère complotiste ou de la droite radicale, notamment sur Sud Radio, particulièrement dans les émissions de l’animateur Périco Légasse, tout comme sur le nouveau webmédia Tocsin, qui compte 500 000 abonnés.

Et sans surprise, ce même récit affleure chez certains influenceurs, notamment Idriss Aberkane, véritable star de la complosphère, dont la chaîne YouTube réunit plus de 1,2 million d’abonnés. Non content d’assurer, dans une tribune publiée par Le Point en 2017, que « pour lutter contre l’épuisement des sols, il faut remettre au goût du jour les méthodes élaborées par les moines du Moyen Âge », il a, en décembre 2025, réalisé une longue vidéo avec l’éleveur ariégeois Pierre-Guillaume Mercadal sur la « révolte paysanne ». Il y fustige la FNSEA, Bruxelles et le mondialisme tout en faisant l’éloge du militant écologiste complotiste Ananda Guillet, patron de l’association Kokopelli, « un mec bien qui a une association magnifique », et précise que « quand il y a des combats importants pour la nation à mener et qu’on est d’accord, se laisser diviser par des étiquettes politiques, c’est vraiment être un p…n d’idiot utile ».

Quoique la Confédération paysanne et la Coordination rurale aient mené quelques actions communes sur la DNC et le Mercosur, une telle convergence des luttes ne se manifeste toutefois que rarement sur le terrain. D’ailleurs, le collectif Les Soulèvements de la terre, qui travaille de façon très étroite avec la Conf’, a récemment créé un canal Telegram baptisé « Riposte paysanne » « pour relayer les appels à défendre des fermes et la paysannerie, et ne pas laisser ce terrain de bataille communicationnelle à l’extrême droite. »

Au bout du compte, ces alliances contre-nature participent surtout à brouiller les messages du monde agricole, et à bloquer toutes les initiatives nécessaires pour faire sauter les véritables verrous qui entravent encore et toujours l’agriculture française.

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