La guerre contre les fongicides SDHI est lancée

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Après avoir surfé sur la vague anti-néonicotinoïdes, l’association Pollinis, aux financements opaques, s’associe désormais à la nouvelle croisade, contre les fongicides SDHI, de François Veillerette, le boss de Générations Futures, association dédiée à la lutte contre les pesticides. Celui-ci a en effet déclaré la guerre aux SDHI, une famille de fongicides, qui agissent sur une enzyme spécifique liée à la chaîne respiratoire des cellules de champignons. « Depuis 2014, les fongicides SDHI sont déversés à grande échelle sur les cultures. Pourtant, des scientifiques estiment que les tests d’homologation qui ont permis leur mise sur le marché n’offrent aucune garantie quant à l’innocuité de ces molécules », indique l’association fondée par Nicolas Laarman dans la brochure éditée pour cette dernière campagne.

Un prétexte pour lever des fonds

Le scénario reste semblable à lui-même, mettant en œuvre un discours anxiogène à souhait à l’aide d’éléments de langage bien choisis (« risques non évalués pour la santé », « des molécules non sélectives et persistantes », « omniprésents dans nos champs et nos assiettes », etc.), le tout associé à une mise en cause systématique des autorités sanitaires, des firmes « agrochimiques » et des États membres de l’Union européenne, accusés de « jouer avec le feu, comme pour le glyphosate ou les néonicotinoïdes ». Nicolas Laarman se saisit de l’occasion pour inviter tout un chacun à « s’inquiéter » et en appelle à « une mobilisation et une réaction immédiates des citoyens, en France et dans toute l’Europe ». Devant « l’urgence et la lenteur de réaction des autorités sanitaires », Pollinis procède à une récolte de dons dans le dessein de « financer des études scientifiques indépendantes », et de « mener des enquêtes sur les mécanismes d’approbation des pesticides qui permettent la mise sur le marché de produits aussi toxiques pour la nature et l’homme [sic] ».

Comme ce fut déjà le cas pour l’affaire des néonicotinoïdes, Pollinis n’est pas à l’origine de ce dossier, qui a été lancé par quelques chercheurs de l’Inserm, de l’INRA et du CNRS. Dans une tribune publiée dans Libération le 15 avril 2018, Pierre Rustin, directeur de recherche au CNRS, appelait à suspendre l’utilisation des SDHI « tant qu’une estimation des dangers et des risques n’aura pas été réalisée par des organismes publics indépendants des industriels distribuant ces composés et des agences ayant précédemment donné les autorisations de mise sur le marché des SDHI ».

Selon ses propos, les motifs d’inquiétude semblaient en effet de nature très sérieuse : « Nos travaux de recherche sur l’enzyme SDHI ont mis en évidence un mécanisme très particulier de dérèglement cellulaire : le blocage de cette enzyme conduit à l’accumulation d’une petite molécule, le succinate. Celui-ci va entraîner, à long terme, un changement de la structure de notre ADN : ce sont des phénomènes de modifications épigénétiques. Ces anomalies épigénétiques liées au blocage de la SDH vont déréguler des milliers de gènes, expliquant la survenue de tumeurs et cancers, sans pourtant entraîner de mutations dans les gènes comme c’est souvent le cas des carcinogènes. Et ces modifications, contrairement aux mutations, ne sont pas détectées, ni testées, au cours des tests de toxicité conduits avant la mise sur le marché des pesticides.»

Selon l’Anses, aucun élément nouveau ne justifie un retrait des fongicides de cette famille. L’ensemble des hypothèses alarmistes du collectif de chercheurs s’est tout simplement révélé sans fondement !

Quelques semaines après la publication de ce texte alarmant, le 24 mai 2018 pour être précis, l’Anses s’est tout naturellement auto-saisie afin de vérifier si des éléments nouveaux avaient réellement été mis en évidence par ces « informations et hypothèses scientifiques apportées par les lan- ceurs de l’alerte ». Rien d’anormal, jusque-là, dans le déroulement de la procédure, puisqu’il est toujours possible de lancer une alerte, que l’Anses se doit d’examiner dans des délais rapides. Pour ce dossier, le délai de l’expertise a été fixé à trois mois. Difficile de faire plus court. En réalité, presque sept mois ont été nécessaires pour conclure l’examen, avec une expertise collective qui a abouti à un rapport très complet de plus de 90 pages. Après avoir diligenté une équipe indépendante de spécialistes et auditionné l’un après l’autre les scientifiques signataires de la tribune, qui ont exposé les résultats de leurs travaux, les experts sont formels : il s’agit d’une fausse alerte. Selon eux, en effet, aucun élément nouveau ne justifie un retrait des fongicides de cette famille. L’ensemble des hypothèses alarmistes du collectif de chercheurs s’est tout simplement révélé sans fondement! À la lecture de l’avis de l’Anses, on découvre même que les effets observés in vitro sur les cellules de mammifères – qui apparaissent dans la tribune comme une révélation – sont en réalité connus depuis de nombreuses années. S’ils ont été écartés, c’est tout simplement parce que les spécialistes ont jugé que leur transposition directe à l’homme n’est pas fondée. Comme le note le blogueur Wackes Seppi, « un abîme sépare l’in vitro de l’in vivo. À titre de comparaison, s’il fallait donner crédit à l’alerte de ce collectif à propos d’une classe de fongicides, il faudrait aussi sonner le tocsin sur, par exemple, la caféine ou de nombreuses substances contenues dans les épices ou même les aliments de consommation courante.»

« Au regard des sources consultées, il n’a pas été identifié de données suggérant une augmentation de l’incidence des cancers spécifiques associés au déficit en SDH, chez l’Homme non porteur de mutation (chez les professionnels exposés, par exemple), malgré une commercialisation parfois ancienne de ces molécules SDHI, ni de données suggérant un impact pour les organismes de l’environnement », assurent fermement les experts de l’Anses. « Pour l’instant, l’évaluation scientifique des risques liés à l’usage de ces produits, qui prend en compte le mécanisme d’action, conclut à une absence de risque inacceptable. Et nous n’avons pas à ce stade d’éléments pour les interdire ou les suspendre sur la base d’hypothèses tirées de leur mécanisme d’action », confirme pour sa part Gérard Lasfargues, directeur général en charge des affaires scientifiques à l’Anses.

En bonne logique, l’affaire aurait donc dû s’arrêter là. Sauf que la notoriété de Pierre Rustin en a pris un sacré coup, et son statut de lanceur d’alerte s’en est trouvé bien écorné. Sachant pertinemment que son dossier à charge ne peut plus s’appuyer sur des éléments scientifiques avérés, Rustin décide alors de dégainer l’arme fatale: le principe de précaution. « Il s’agit là vraiment d’un cas d’école pour appliquer le principe de précaution. Il ne faut pas attendre pendant des années et risquer de se retrouver un jour avec des malades ou des morts. C’est une folie », affirme-t-il dans une interview accordée à Libération le lendemain de la publication de l’avis de l’Anses.

Son appel sera ensuite tout naturellement relayé par le réseau des militants anti-pesticides, dans les médias avec Stéphane Foucart du journal Le Monde et Coralie Schaub de Libération, à l’Assemblée nationale avec Delphine Batho et Alexis Corbière, toujours prompt à la surenchère, au Parlement européen avec la députée d’extrême droite Mireille d’Ornano, et dans le monde associatif par Générations Futures et la nouvelle venue dans la nébuleuse des associations anti-pesticides, Pollinis, qui a accaparé le sujet dès août 2018, afin de pouvoir poursuivre ses levées de fonds lui permettant de faire fonctionner son équipe de lobbying à Bruxelles.

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Depuis lors, François Veillerette et Nicolas Laarmann travaillent main dans la main, œuvrant notamment pour la mise en ligne, effective depuis le 7 juin 2019, d’un site dédié au SDHI, auquel s’est associé Pierre Rustin, ralliement qui a définitivement fait basculer le directeur de recherche en dehors du monde des experts sérieux et indépendants. Désormais, il tient aussi le rôle de vedette et de caution « scientifique » dans la campagne contre les SDHI orchestrée par le journaliste écolo de Charlie Hebdo, Fabrice Nicolino, qui avait déjà consacré cinq pages au sujet des SDHI dans son manifeste daté de septembre 2018 « Nous voulons des coquelicots ».

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Auteur de plusieurs livres à charge contre les pesticides, le militant radical signe un nouvel opus intitulé Le crime est presque parfait : l’enquête choc sur les pesticides et les SDHI, à paraître le 11 septembre 2019. On y retrouvera sans aucun doute les délires complotistes – l’une des grandes spécialités du journaliste – et autres grotesqueries, qui constituent le fonds de commerce de Nicolino depuis son premier ouvrage rédigé en collaboration avec François Veillerette, Pesticides : révélations sur un scandale français, publié en 2007.

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