Les feux de la colère

Édito de Gil Rivière-Wekstein

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Le 27 septembre dernier, une centaine d’agriculteurs de Seine-et-Marne se réunissaient devant la mairie de Savigny-Le-Temple, petite ville de 30 000 habitants. Dix-huit jours plus tôt, la maire PS de la commune, Marie-Line Pichery, avait sans aucune concertation préalable pris un arrêté interdisant l’usage de pesticides « sur l’ensemble de la commune à une distance inférieure à 150 mètres des habitations, des bâtiments à usage professionnel, des établissements scolaires, périscolaires et de petite enfance ».

Une initiative immédiatement soutenue par le patron démagogue du PS, Olivier Faure. « Je salue la position de Marie-Line Pichery, qui fait de Savigny-le-Temple la première ville de Seine-et-Marne à prendre un arrêté antipesticides », a-t-il ainsi immédiatement publié sur sa page Facebook. Alors que de toute évidence Marie-Line Pichery a été informée de caractère illégale, elle a néanmoins martelé son souhait de le maintenir coûte que coûte: « Il est fort probable que la préfète me demande de le retirer, mais je ne le retirerai pas », a-t-elle déclaré à la presse. Le 4 octobre 2019, Mme Pichery a cependant pris la décision raisonnable de le suspendre en attendant l’audience fixée au 18 octobre. Un changement d’attitude qui fait suite à une heure et demie de discussions animées avec une délégation d’agriculteurs. On ne peut que saluer cette initiative prise par la Fédé du 77, qui s’inscrit dans une mobilisation plus vaste contre le mouvement d’agribashing alimenté par certaines ONG vindicatives. Ainsi, depuis le 23 septembre, des centaines d’agriculteurs de la FNSEA et des Jeunes agriculteurs de plusieurs départements – notamment de la Haute-Garonne, du Grand Bassin parisien, des Hauts-de- France et de la Vendée – allument, en soirée, des « feux de la colère ». « On a appelé ça les feux de la colère, mais aussi les feux du désespoir, pour faire ressentir le malaise ambiant qu’il y a dans la campagne, et cet acharnement qu’on peut subir au quotidien », explique Amandine Muret-Beguin, céréalière et secrétaire générale des JA d’Île-de-France Ouest. Pour sa part, Damien Greffin, président de la FDSEA Île-de-France, précise que c’est bien le projet de mise en place de zones de non-traitement (ZNT) qui « a mis le feu aux poudres ». « Ça a été la goutte d’eau », renchérit Amandine Muret-Beguin.

Provoquée intentionnellement par des associations extrémistes, comme Générations Futures, Nous voulons des coquelicots ou encore L214, la radicalisation du débat n’est pas une bonne chose. Ni pour les agriculteurs, ni pour les consommateurs, qui ne souhaitent rien d’autre que d’avoir accès à une alimentation saine, variée et de qualité. Précisément ce que permet le modèle agricole français, qui est l’un des plus vertueux de la planète. Pour la seconde année consécutive, il a ainsi été placée par l’équipe économique du magazine britannique The Economist en tête de classement pour la qualité de son alimentation tous critères confondus, de la fourche à la fourchette. Il est donc grand temps que le gouvernement accède aux multiples demandes des agriculteurs (facilitation pour la modernisation des structures, accès aux méthodes modernes de protection des cultures, soutien aux filières semencières, retenues d’eau pour mieux gérer les périodes de pénurie, diminution des charges structurelles, etc.) afin que ceux-ci puissent continuer à nourrir avec la même qualité les Français. Enfin, le président Macron s’était engagé à mettre un terme aux distorsions de concurrence. Il va falloir qu’il tienne parole…

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