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Réponse d’A&E à la revue Sesame au sujet du blé Renan

Intro : Deux chercheurs de l’Inrae relancent la polémique sur le blé Renan, un blé largement cultivé en agriculture bio et qui n’a rien de « naturel »

Dans un étonnant article paru dans la revue Sesame, une publication de la Mission Agrobiosciences-INRAE, deux chercheurs, Joseph Jahier et Bernard Rolland, reviennent sur le cas du blé Renan, un blé largement utilisé en agriculture biologique, qui est issu d’un montage génétique n’ayant vraiment rien de très « naturel ». Ils s’insurgent contre une « rumeur [qui circule] dans une partie du monde de l’agriculture biologique », accusant les origines de cette variété pas vraiment très ”rustique” d’être « liées à des “manipulations en laboratoire” ». Citant un article publié il y a… sept ans dans A&E, qui présentait ce blé comme « un blé bio génétiquement modifié », ils estiment ces « attaques » injustifiées, puisque Renan ne serait pas un OGM, « ni au regard des techniques utilisées, ni au regard de la réglementation ».

D’un point de vue réglementaire, ils ont raison. Sauf que ces mêmes chercheurs rappellent que ce blé a bien été obtenu grâce à des techniques « de laboratoire ».  Comme le soulignait en 1967 Nicole Maïa, à l’origine du géniteur VPM utilisé pour la création de Renan, « le croisement direct entre Aegilops ventricosa et le blé tendre n’étant pas réalisable, il est nécessaire de passer par l’intermédiaire d’un blé tétraploïde ». Le premier croisement du blé dur avec l’Aegilops étant stérile, on a donc dû perturber sa mitose en traitant les jeunes plantes obtenues avec la colchicine, une substance très toxique, qui empêche les deux cellules filles de se séparer, afin d’obtenir des plantes fertiles. Ce blé n’a donc pas été obtenu que par croisement, et il est inexact de dire que tout le processus utilisé se passe dans la nature. On sait d’ailleurs maintenant que, dans la nature, la plupart des espèces issues de croisements interspécifiques ne se forment pas par doublement chromosomique de l’hybride interspécifique, mais par fusion de gamètes non réduits (diploïdes) des espèces parentales.

Aussi, s’il est vrai que son mode d’obtention n’en fait pas un OGM au regard de la réglementation européenne, il n’en reste pas moins que le génome de ce blé a été modifié de façon au moins aussi artificielle que ce qui se pratique dans la transgenèse classique ! Comme indiqué dans l’article de 2003 d’A&E, « son génome résulte d’un montage génétique complexe : il comprend non pas un simple gène ajouté – comme c’est le cas en général pour un maïs GM – mais deux fragments chromosomiques provenant d’une graminée sauvage par ailleurs incapable de se croiser naturellement avec du blé tendre ». Ce qui explique que le blé Renan peut parfaitement être qualifié de « blé génétiquement modifié » bien qu’il soit « hors du champ de la transgenèse », telle qu’elle a été définie par les juristes de l’Union européenne.

En réalité, on peut s’interroger sur la soudaine reprise de cette controverse, pourtant largement dépassée depuis l’arrêt de la Cour de justice de l’Union européenne du 25 juillet 2018. En précisant que toutes les techniques de mutagenèse, – et donc également de fusion cellulaire ou d’induction polyploïde – produisent des OGM, certains ayant l’obligation d’être réglementés par la directive 2001/18 et d’autres étant exempts,  –, la Cour a confirmé que de très nombreuses variétés cultivées en agriculture bio depuis des années sont bel et bien des OGM. Un sujet que les partisans de l’agriculture biologique tentent farouchement de dissimuler au grand public, tendance dans laquelle s’inscrit de toute évidence l’article de Jahier et de Rolland, qui semblent dérangés par le fait qu’il n’y a rien de plus « banal » qu’une plante génétiquement modifiée, que ce soit par transgenèse, par mutagenèse ou par toute autre technique artificielle.

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