Circuit court : Aucune valeur ajoutée pour le localisme, selon le CGAAER

consommer produit local

Alors que les produits locaux séduisent de plus en plus de consommateurs, un rapport signé du CGAAER conclut qu’ils n’augmentent pas les revenus des producteurs et que ce mode de consommation ne constitue pas un levier d’amélioration de la durabilité environnementale des systèmes alimentaires

L’engouement pour les produits locaux ne cesse de s’accroître, à un point tel qu’il semblerait insensé de se poser encore la question de sa pertinence.

Tel fut cependant l’objet du rapport Les produits locaux, établi par le Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux (CGAAER), un organisme qui assure des missions de conseil pour le ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation. Rendu public en mars dernier, ce rapport semble bien être passé sous les radars des médias. En le parcourant, on comprend aisément les raisons de ce silence : ses conclusions, qui relèvent du bon sens, vont à contre-courant de l’actuelle pensée dominante.

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Une perte d’efficacité économique générale

En guise d’introduction, les trois auteurs du rapport rappellent que, dans toutes les théories économiques classiques, « les circuits d’approvisionnement locaux ne seraient pas en mesure de générer une valeur ajoutée supérieure aux circuits classiques », et cela en raison des fameux « avantages comparatifs » qui permettent, en produisant ce qu’on produit de mieux, de faire une plus-value pour pouvoir commercialiser le reste. « En relocalisant l’alimentation, on perd une partie de cette efficacité économique », notent-ils ainsi.

Reste à savoir si les externalités supposées – sanitaires, écologiques ou économiques pour le producteur – ne compensent pas cette moindre efficacité économique générale, se demandent ensuite les auteurs. Leur réponse est sans appel : c’est non, dans tous les cas de figure !

Pas de valeur ajoutée pour les producteurs en circuit court ou en vente directe

Se basant sur le Réseau d’information comptable agricole, le Rica, le rapport observe ainsi que, pour 2018, le taux de marge moyen des exploitations agricoles qui commercialisent au moins 75 % de leur production en vente directe s’élève à 35 %, contre 34% pour celles qui ne font aucune vente directe.

Or, de nombreux inconvénients y sont inhérents, notamment une hausse du temps de travail par volume de vente, une complexification de l’organisation du travail et « la difficulté de combiner les compétences nécessaires » en raison de la diversification des tâches (production, logistique, transformation, commercialisation, gestion, etc.) que ces ventes directes impliquent.

Le rapport aboutit à la conclusion « qu’il n’y a pas de différence significative de performance économique entre les exploitations qui ont un chiffre d’affaires majoritairement réalisé en circuit court de proximité et les autres exploitations agricoles de même production ». Bref, pas de gain réel pour davantage de contraintes.

Absence de qualité nutritionnelle

Et ce n’est guère plus concluant si l’on envisage les questions sanitaires. Ainsi, s’agissant de la valeur nutritionnelle, les auteurs notent que « la mission n’a pas pu mettre en évidence de relation de causalité entre le caractère local d’un produit alimentaire et les qualités nutritionnelles de ce produit ».

Et ils ajoutent que, si certaines corrélations ont bel et bien été observées sur l’impact positif de la consommation de produits locaux sur la santé, ce serait plutôt en raison « d’une attention accrue du consommateur à l’ensemble de son régime alimentaire, notamment une surreprésentation des fruits et légumes frais dans son alimentation par rapport au reste de la population, et, plus largement, une attention à son hygiène de vie ».

Remarque d’une logique imparable, étant donné qu’on voit difficilement comment le fait de localiser la production pourrait avoir un effet nutritionnel !

Un impact environnemental nul

Enfin, l’impact environnemental ne penche pas davantage en faveur du local, estiment les auteurs. Là encore, rien de très surprenant, car plusieurs études ont déjà démontré qu’un circuit d’approvisionnement local peut parfaitement générer davantage de CO2 par unité de produit alimentaire que les circuits classiques, la logistique des chaînes alimentaires courtes et de proximité étant généralement moins optimisée.

En outre, se référant aux travaux de l’Ademe et à l’étude du projet CECAM, le rapport confirme que c’est bien la phase de production qui a le plus d’impact, tant pour les gaz à effet de serre que pour l’environnement en général. « Un aliment produit et consommé en France et parcourant 450 km émettra davantage qu’un aliment produit en Europe et consommé en France qui parcourrait 500 km (103,9 contre 101,5 GtCO2) », indiquent les auteurs, qui en déduisent qu’il n’y a pas de causalité univoque entre la distance effectuée par un aliment et ses émissions de CO2 dues au transport.

En fin de compte, le rapport estime que « le caractère local des approvisionnements alimentaires ne constitue pas un levier substantiel d’amélioration de la durabilité environnementale des systèmes alimentaires ». Autrement dit, la course au localisme, pourtant prôné par de très nombreux acteurs, ne serait finalement rien d’autre que l’exemple typique d’une fausse bonne idée…