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Les inquiétudes sur le plan Écophyto 2030

Lors de sa visite au Salon de l’agriculture, le 27 février dernier, la Première ministre Elisabeth Borne a annoncé l’imminence d’un nouveau plan Écophyto pour l’horizon 2030. Se gardant bien d’en préciser les objectifs de réductions, qui furent inhérents aux précédents plans, elle a plutôt tenté de rassurer le monde agricole en affirmant qu’il n’y aurait plus d’interdiction sans solution.

« Ce nouveau plan Écophyto 2030 sera construit avec tous les acteurs impliqués, au premier rang desquels les agriculteurs », a-t-elle insisté avant de promettre qu’en matière de produits phytosanitaires, sera observé « le cadre européen et rien que le cadre européen ». « Nous ne créerons aucune distorsion de réglementation pour nos producteurs, sauf en cas de force majeure, quand la santé publique est menacée », a-t-elle encore ajouté. Sera ainsi mise en œuvre une nouvelle méthode ayant pour mot d’ordre  : « Plus d’anticipation, plus d’innovation et plus d’accompagnement. » Après avoir identifié les substances qui risquent de sortir du marché dans les prochaines années, la ministre propose de « mettre au point des alternatives, chimiques et non-chimiques, crédibles et efficaces ». Tout cela semble a priori très raisonnable. 

Sauf que l’impulsion de départ donnée à ce processus interpelle, suggérant surtout que le gouvernement n’a toujours pas renoncé à sa stratégie de cavalier seul. En effet, une petite centaine de matières actives à renouveler dans les cinq prochaines années ont déjà été identifiées, dans une liste informelle comme potentiellement « problématique », et plusieurs instituts techniques agricoles ont été mandatés pour trouver, dans un délai très court, des alternatives. Or, un rapide tour d’horizon des principales entreprises chimiques du secteur permet d’établir qu’elles comptent bien soumettre des dossiers de réhomologation pour la plupart des molécules figurant sur cette liste noire. Lesquelles sont donc estimées suffisamment utiles et d’un profil écotoxique qui justifie pleinement leur usage. Alors, pourquoi demander aux instituts techniques de trouver des alternatives, et de surcroît si rapidement ?

Et pour les quelques molécules – entre 5 et 10 – dont l’usage deviendra caduc en raison de leur abandon par les firmes, comme par exemple le Movento, l’un des derniers insecticides indispensables pour la culture des fruits, l’alternative s’imposerait d’elle-même : il suffirait que la France s’aligne sur le reste de l’Union européenne pour lever l’interdiction franco-française de molécules autorisées ailleurs, comme le flupyradifurone et le sulfoxaflor. Autrement dit, simplement respecter « le cadre européen et rien que le cadre européen », pour reprendre les termes de… Mme Borne !
 

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