Agriculture bio : l'objectif de 6% de la SAU à l'horizon 2012 est hors d'atteinte, confirment les chiffres 2009 de l'Agence Bio

actualités 11 | 02 | 2010

Agriculture bio : l’objectif de 6% de la SAU à l’horizon 2012 est hors d’atteinte, confirment les chiffres 2009 de l’Agence Bio

En 2009, le total des surfaces certifiées et en cours de conversion en agriculture biologique s’est élevé à 670.000 hectares, s’est félicitée Elisabeth Mercier, directrice de l’Agence bio. C’est-à-dire presque 100.000 hectares de plus qu’en 2008. En outre, chaque mois, 300 agriculteurs ont franchi le pas de la conversion. « Désormais, c’est plus de 16.000 exploitants qui pratiquent l’agriculture bio ; un chiffre en croissance de 23% », indique l’agence. Présentée ainsi, la progression est appréciable. D’autant plus que le nombre des conversions est deux fois supérieur à celui de l’année précédente (154.000 en 2009, contre 82.000 pour 2008), signe d’une belle dynamique du secteur. « Ce fort développement de la conversion assurera rapidement un équilibre entre l’offre et la demande », estime Pascal Gury, le président de l’agence, qui veut croire gagnable le pari du Grenelle de l’environnement. « On sera en phase d’atteindre les objectifs du Grenelle en 2012 [6% de la surface agricole utile en bio], en tout cas on n’en sera pas loin », a-t-il indiqué. Pourtant, la route est encore bien longue, comme en témoignent ces quelques chiffres !

En France, la surface agricole utile (SAU) s’élève à environ 29 millions d’hectares. 6% de ce chiffre représentent donc environ 1,7 million d’hectares. Or, depuis 2005, les surfaces certifiées en bio peinent à dépasser les 500.000 hectares. Et 2009 n’y a encore rien changé, puisque selon l’Agence bio, elles ont atteint 516.000 hectares (soit un tout petit 1,78% du total de la SAU), contre 1,72% en 2008. En fait, l’augmentation des surfaces certifiées bio est inférieure à 15.000 ha par rapport à l’année 2008, et son rythme de croissance est en dessous de 3%. Or, à cette vitesse, il faudra attendre 2050 – et non 2012 – pour arriver aux 6% définis par le Grenelle (engagement n°121 du rapport du 23 novembre 2007) ! En réalité, l’objectif des 6% nécessite une croissance de 50% par an pendant les trois prochaines années, soit 750.000 ha en 2010 ; 1,125 million en 2011 et 1,7 million en 2012. Bien entendu, personne aujourd’hui à l’Agence bio – et sûrement pas son président – n’envisage une telle progression.

D’ailleurs, comment expliquer cette faible croissance des surfaces réellement bio, alors que chaque année, l’Agence fait part d’un nombre important de conversions (46.000 ha en 2005, 53.000 en 2006, 60.000 en 2007, 82.000 ha en 2008 et 154.000 ha en 2009) ? En théorie, la somme des surfaces certifiées et en conversion pour une année donnée (N) devrait correspondre à celle des surfaces certifiées pour l’année N+2, puisqu’il faut deux ans de conversion pour les cultures (sauf pour les cultures pérennes, mais dont les surfaces sont très faibles). Or, en 2004, l’Agence a annoncé un total de 534.000 ha (bio + conversion), alors qu’en 2006 les surfaces bio certifiées n’atteignaient que 500.000 ha, soit 34.000 ha de moins qu’attendu ! Même constat pour 2005 : 551.000 ha pour les bio + conversion, contre 497.000 ha en bio certifié en 2007, soit une perte de 54.000 ha. Enfin, les 553.000 ha (bio + conversion) de 2006 sont devenus 502.000 ha deux ans plus tard, soit une perte de 51.000 ha, tandis qu’en 2007, la somme des surfaces bio et en conversion était de 557.000 ha, pour au final atteindre en 2009... 516.000 ha en bio confirmé. Bref, 51.000 ha ont à nouveau disparu, avec un taux de défaillance qui frôle les 10%.

Deux raisons expliquent ces arrêts : les départs à la retraite, bien entendu, mais aussi les abandons, dont les données ne figurent jamais dans les statistiques de l’Agence bio, qui visiblement ne désire pas trop aborder cette question. Le fait est que ni l’Agence ni aucun autre organisme ne disposent de chiffres centralisés et exhaustifs permettant de bien différencier les raisons de ces abandons. Impossible donc, à ce stade, de comprendre la dynamique des arrêts. Toutefois, on peut penser que certains agriculteurs, en prise avec les difficultés structurelles de la profession, ont été tentés par l’aventure du bio, présentée comme un nouvel Eldorado avec des prix élevés à la production et un marché plus que porteur. Or, sans un accompagnement technique adéquat, ces nouveaux convertis peuvent très vite déchanter. « Pour bien s’en sortir en agriculture bio, il faut être au top de la technique », admet en effet Didier Leprêtre, céréalier bio dans le Cher. Sur le terrain, certains organismes d’accompagnement (chambres d’agriculture, Coop, groupements d’agriculteurs bio, etc.) peuvent même déconseiller à des agriculteurs volontaires de transformer leur exploitation en bio, estimant que leur dossier de conversion n’est pas suffisamment solide...

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