Juliet, la star américaine des croqueurs de pommes bio

actualités 06 | 04 | 2016

Juliet, la star américaine des croqueurs de pommes bio

Elle est la reine de la pomme bio. En 2015, 110 arboriculteurs français en ont produit 8000 tonnes sur 340 hectares. On peut la consommer nature, en compote, en jus de pommes, en purée ou en cidre. Elle possède son propre site internet, réalisé dans le style bon enfant cher à Michel et Augustin ou aux 2 Vaches, et bien entendu, son stand au Salon de l’agriculture. Elle s’appelle Juliet, et son histoire mérite le détour. En tout cas, dans la version qu’en donne son « papa » Benoît Escande, le patron décomplexé des pépinières Escande, qui l’a « découverte » il y a une quinzaine d’années dans son verger de Saint-Vite, sur une parcelle d’expérimentation laissée à l’abandon.

Une histoire romancé

« Poussé par une envie de faire du bio, sans traitement contre les maladies, il décide de la développer et l’appelle Juliet », peut-on lire dans un article paru en 2012 dans le quotidien Sud-Ouest. « Ce n’est pas un business plan, ça s’est juste créé de bric et de broc, raconte-t-il. Je l’ai appelé comme ça à cause de la chanson ”Romeo and Juliet” de Dire Straits », poursuit l’article. Benoît Escande rencontre ensuite Guilhem Sévérac, technicien à la Chambre d’agriculture du Vaucluse, qui vient de donner ce prénom à sa fille nouvelle-née. Coup de foudre immédiat : « Il m’a demandé quelques arbres et a fédéré ensuite autour de lui un groupe d’agriculteurs tournés vers le bio, et les cinq premiers hectares de Juliet ont été plantés en 2001 », se souvient Benoît Escande.

Quelques années plus tard, accompagnés d’une petite dizaine d’arboriculteurs, les deux complices décident de lancer « Les Amis de Juliet ». Depuis, l’association regroupe les pépinières Escande et les producteurs de Juliet disséminés dans tout le sud de la France. Benoît Escande conserve un tiers des voix, et surtout, il prend le soin d’acquérir les droits mondiaux sur la marque et sur sa variété de pomme. Autrement dit, impossible de cultiver sa pomme sans son accord ! « On se protège, car dès qu’on fait quelque chose de qualité, on est copié », se justifie- t-il. Il n’a pas tort : Monsanto fait de même, tout comme n’importe quel autre semencier. À la différence près que Benoît Escande n’a rien inventé. Il a juste créé une très belle marque commerciale !

Conçue aux États-Unis

Sa fameuse Juliet, dont il a l’exclusivité et qu’il commercialise avec succès en France mais aussi à l’export (Brésil, Dubaï, Hong Kong, Singapour, Vietnam, Taïwan ou Canada), grâce à un partenariat avec le groupe Cardell export, n’est pas l’une de ces vieilles variétés issues de nos beaux terroirs, si prisées des croqueurs de vieux, de bon, de vrai, bref, de gaulois : elle est américaine ! En effet, il s’agit d’un hybride connu sous le nom beaucoup moins poétique de Co-op 43, qui a été conçu à partir d’un programme de sélection variétale initié dans les années 1970 par trois chercheurs de l’Université de l’Illinois, de celle du New Jersey et du département d’horticulture de l’Université de Purdue (Indiana). Ce programme s’est étalé sur plus de trente ans, avec des champs expérimentaux situés aux États-Unis, en Italie et en France. L’arbre généalogique de Juliet ne contient donc aucune variété du vieux continent ! La fameuse pomme bio est issue d’une multitude de croisements entre Viking, Delicious, Jonathan, Melba, Rome Beauty, Starr, Welthy, William, et surtout avec un clone : Malus floribunda clone 821. C’est grâce à ce clone que Juliet –dont Benoît Escande n’est en fait que le « père adoptif » très lointain— a hérité du fameux gène Vf (V pour Venturia inaequalis et f pour Malus floribunda), qui est connu pour conférer à son porteur une résistance à la tavelure, une affection fongique due au champignon Venturia inaequalis. Contrairement à ce que laisse croire le site des Amis de Juliet, la pomme de Benoît a acquis cette caractéristique intéressante non grâce à Dame Nature, mais bien à la main très habile de l’homme. Ce gène de résistance dite monogénique –car due à un seul gène– est d’ailleurs utilisé dans les programmes de sélection américains depuis le début du XXe siècle. Il est largement répandu dans toutes les variétés de pommes tolérantes à la tavelure cultivées aux États-Unis comme en Europe (Goldrush, Dalinette, Crimson, etc.). Et même dans l’excellente Ariane, une variété bien française sortie des laboratoires de l’Inra. Malheureusement, on commence à observer ici et là des cas d’adaptation par contournement de la part des ravageurs. Il faut donc faire attention à bien préserver cette précieuse qualité.

Cette belle pomme bio n’est pas « née de la rencontre de quatre hommes » mais de celle de trois Dr Folamour américains.

Bref, Juliet, cette belle pomme bio créée récemment outre-Atlantique, non pas « née de la rencontre de quatre hommes » mais bien de celle de trois Dr Folamour américains et sur laquelle repose une licence d’exploitation, n’est pas plus solidaire ni éthique que la traditionnelle Golden ! Et certainement pas meilleure pour la santé. Simplement, elle fait le bonheur d’une clientèle prête à payer un peu plus cher pour une pomme qui évoque une belle histoire. Voilà donc un produit bien moderne, adapté à un certain type de marché en France, mais aussi aux clients aisés d’Asie et du Moyen-Orient ! Au grand bénéfice de Benoît, de Guilhem et de la petite centaine d’arboriculteurs qui la produisent.

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