Les macarons du Président Macron

Présenté en grande pompe comme l’aboutissement d’un processus de concertation inédit, le Projet de loi Agriculture et Alimentation restera dans les annales de l’histoire agricole française pour ce qu’il est vraiment : ni plus ni moins qu’une gigantesque farce.

« Cette loi est une révolution », a pourtant affirmé haut et fort le ministre de l’Agriculture Stéphane Travert, qui a profité pour appeler à un « changement de paradigme ». « Nous allons inverser la construction du prix en partant du coût de revient des agriculteurs. C’est une révolution. Ils se regrouperont en organisations de producteurs pour être plus forts dans les négociations. L’Etat sera le garant de ce cadre de travail. » Belle promesse! Ce gouvernement, le plus libéral de la Ve République, s’engagerait donc à prendre des mesures bien dirigistes pour empêcher la libre concurrence de faire son jeu !

Il fera donc plier les géants de la grande distribution alors qu’il n’a pas hésité un instant à sacrifier la filière des producteurs d’oléagineux afin de laisser le groupe Total importer son huile de palme – bien moins chère que le colza de nos producteurs français pourtant déjà parfaitement organisés en filière – pour produire des biocarburants dans sa raffinerie de La Mède.

Il prétend défendre les producteurs français, alors qu’il s’apprête à ouvrir les négociations avec l’Australie et la Nouvelle-Zélande pour obtenir un accord de libre-échange qui sera aussi destructeur pour la filière de viande bovine française que celui du Mercosur (Brésil, Argentine, Paraguay et Uruguay).

Et pour faire plaisir à quelques bobos parisiens dépourvus de culture agricole, il se lance dans une guerre tous azimuts contre les produits phytosanitaires, faisant mine d’ignorer que ces interdictions ne feront qu’ajouter des charges supplémentaires à des structures agricoles en détresse. Pire, il s’imagine organiser l’économie agricole en obligeant la restauration collective publique à s’approvisionner en fonction de critères parfaitement arbitraires au motif que les produits issus de « l’agriculture biologique, locaux ou sous signes de qualité » seraient de meilleure qualité que les autres. Voilà donc un gouvernement qui adopte à la fois le concept de destruction créatrice de l’économiste autrichien Joseph Schumpeter, et les méthodes révolues de la planification économique… Bref, tout cela n’est vraiment pas sérieux.

« Cette loi et ses 18 articles sont d’une inutilité absolue et bien sûr source d’emmerdements maximums pour l’économie et ses acteurs », constate avec raison Daniel Sauvaitre, le président de l’Association nationale des producteurs de pommes et de poires (ANPP). Il poursuit : « Incompétence confondante ou jouissance perverse, j’ai de la peine à me prononcer sur le cheminement qui a pu conduire à ce naufrage de l’intelligence ; à une calamité agricole de plus dont on aurait pu se passer.»

Aussi attentif à la cause agricole que Marie-Antoinette et ses fameuses brioches au sort du peuple de Paris, le président Emmanuel Macron semble planer dans un autre monde : celui des macarons si chers à la nouvelle bourgeoisie française.