Glyphosate dans les urines : Libération vole au secours du laboratoire BioCheck

edito gil riviere-wekstein
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Dans une tentative désespérée de justifier la validité des analyses effectuées par le laboratoire allemand BioCheck, qui trouve systématiquement des traces de glyphosate dans les urines, Libération a publié un «checknews» assez pathétique, intitulé « Les tests urinaires du glyphosate mesurent-ils en réalité… des résidus de lessive ? » Et sans surprise, la journaliste de France Télévision, Élise Lucet, s’est félicitée de cette «mise au point». Toute l’astuce repose, comme on s’en doute, sur la façon de biaiser la question : Libération évoque, avec raison, une rumeur circulant sur les réseaux sociaux, selon laquelle les résultats positifs au glyphosate issus des tests Elisa seraient en fait dus à l’AMPA, une molécule qui peut provenir de la dégradation du glyphosate mais aussi de détergents courants. Cette fausse information a été lancée par un groupe Facebook intitulé « L’agriculture par les agriculteurs»,  qui, par son manque de rigueur élémentaire, a tendu d’elle-même le bâton pour se faire battre.

En effet, comme le confirment les spécifications des tests Elisa en question, le laboratoire concerné est bel et bien en mesure de distinguer le glyphosate de l’AMPA. Ce qui est parfaitement normal, puisque ces tests ont justement été mis au point pour détecter l’herbicide lui-même, sans risque de confusion possible avec l’AMPA. Le quotidien Libération est donc fondé à affirmer que ce que l’on trouve dans les urines ne peut pas être de l’AMPA.

Sauf que la vraie question n’est pas là… Quoique réalisées en usant de méthodes beaucoup plus spécifiques de chromatographie, aucune des analyses effectuées pour les agences officielles sur des cohortes de personnes plus exposées à cet herbicide ne détecte de glyphosate à des pourcentages aussi élevés. Dès lors, la véritable interrogation – formulée dans le numéro d’A&E du mois dernier – reste sans réponse, à savoir : comment le laboratoire BioCheck peut-il trouver systématiquement 100% d’analyses positives ?

Comme le remarque Philippe Stoop, directeur Recherche et Innovation de l’entreprise héraultaise ITK, et membre correspondant de l’Académie d’agriculture de France, « dès lors que les tests Elisa sont positifs au glyphosate chez presque chaque personne testée, c’est sans doute qu’il y a des faux positifs dus à des molécules proches du glyphosate, mais sûrement pas à l’AMPA ». Or, il n’existe aucune donnée publique sur la sensibilité de ces tests aux autres molécules de structure chimique très proche, notamment certains acides aminés. On regrette que cette petite précision qui est loin d’être anodine n’ait pas été apportée à Libération par Frédéric Suffert, le chercheur de l’Inra qui a participé à la rédaction de l’article. Et il n’aurait pas non plus été superflu que l’expert de l’Inra précise que, si les tests Elisa ont été prévus pour faire des analyses dans des substances comme l’eau, ils n’ont pas été validés pour effectuer des recherches dans l’urine !

À sa décharge, il faut reconnaître que, depuis que Générations Futures a lancé la mode de ces analyses d’urine il y a deux ans, ni l’Union des industries pour la protection des plantes (UIPP) ni les firmes concernées ne se sont jamais manifestées pour déployer leurs arguments sur la différence entre la chromatographie et les tests Elisa. Mais là, c’est une autre histoire.

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