Les privilèges économiques de l’AB mis en lumière

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Ingénieur de formation, Laurent Pahpy est analyste pour l’Institut de recherches économiques et fiscales (IREF). Il est l’auteur d’une étude intitulée Agriculture « BIO » : tromperies subventionnées.

Dans le dernier rapport de l’Institut de recherches économiques et fiscales (IREF), vous dénoncez les pratiques interventionnistes de l’État en faveur de l’agriculture biologique. Quelles sont-elles ?

L’agriculture dite « biologique » (AB) bénéficie en effet d’un soutien massif de l’État, alors que ses prétendues vertus sanitaires et écologiques ne sont pas toujours validées par la littérature scientifique. La doctrine anti-pesticides et anti-OGM n’est d’ailleurs pas respectée dans la pratique.

Les subventions à la conversion et au maintien, les aides locales ou encore le crédit d’impôt constituent la première forme d’interventionnisme. Certes, on peut regretter que l’agriculture conventionnelle (AC) bénéficie elle aussi de milliards d’euros ponctionnés sur le contribuable, mais lorsqu’on mesure les aides par unité de produit, par hectare, ou par tête, l’AB est sensiblement plus subventionnée que l’AC. À titre d’exemple, nous avons calculé que le litre de lait « bio » est subventionné pour au moins 50% de plus que le lait conventionnel. Cette manne financière crée un effet d’aubaine en faveur de la conversion, comme l’attestent plusieurs études.

À titre d’exemple, nous avons calculé que le litre de lait « bio » est subventionné pour au moins 50% de plus que le lait conventionnel. Cette manne financière crée un effet d’aubaine en faveur de la conversion, comme l’attestent plusieurs études.

La seconde forme d’interventionnisme est plus subtile. Le label AB – un label d’État – est un outil de légitimation particulièrement puissant. L’État offre ainsi une véritable caution morale aux fausses promesses du « bio » auprès des consommateurs. Ce marketing de l’appel à la nature et à la santé repose sur l’appropriation légale du mot « biologique » par la filière. Or, la biologie, c’est par définition le vivant. L’agriculture est donc toujours « biologique ». Les défenseurs du « bio » sont parvenus à instaurer un monopole intellectuel, qui leur permet de dénigrer l’AC en la faisant passer pour une pratique sans vie, « chimique » et mortifère, tout en protégeant cette forme d’ « agribashing » par la loi.

Autre privilège pour l’AB : une rente légale offerte sur un plateau par la loi Egalim. Celle-ci précise en effet que les repas de la restauration collective publique devront intégrer 20% de « bio » à partir de 2022. En forçant les enfants à en consommer, l’État lui assure ainsi une rente que nous estimons à au moins 1,1 milliard d’euros, soit l’équivalent de 14% du chiffre d’affaires annuel de la filière. Rente qui sera payée par les contribuables au détriment de leur pouvoir d’achat.

Le « bio » pourrait-il survivre sans subventions ?

Bien que l’AB soit sous-performante et qu’elle nécessite environ 60% de plus de main-d’œuvre, l’analyse économique des exploitations françaises révèle qu’elle est en moyenne aussi rentable que l’AC, voire un peu plus pour certaines cultures comme la vigne. La raison en est que le « bio » est vendu plus cher, jusqu’à 80% de plus pour les fruits et légumes, selon l’UFC-Que Choisir.

Mais le « bio » bénéficie aussi de l’interventionnisme multiforme de l’État, qui joue un rôle avéré dans le développement de la demande et de l’offre. Certains pays, comme les États-Unis, sont toutefois plus mesurés. S’ils réglementent bien un label « bio », le gouvernement américain offre cependant beaucoup moins de subventions. Là-bas, seulement 0,6% de la surface agricole a été convertie, contre 5,7% pour l’UE, alors que les États-Unis sont le premier marché de consommation de produits « bio », devant celui de l’UE. Cette différence significative montre bien que la production « bio » européenne est sous perfusion de l’argent du contribuable.

Sans subvention, l’AB ne disparaîtrait probablement pas, mais il est clair que l’effet d’aubaine serait moins important et que le nombre de conversions ralentirait ou s’inverserait, ainsi qu’on l’a observé dans certains pays européens au début des années 2000.

Michel-Édouard Leclerc propose de supprimer la TVA pour les produits «bio». Cet interventionnisme est-il légitime, selon vous ?

La proposition de Michel-Édouard Leclerc serait pertinente si elle s’appliquait à tous les produits agricoles. Là encore, cette idée cache mal le fait que le marketing de l’appel à la nature et à la santé n’est probablement pas suffisant pour inciter plus de ménages à payer plus cher pour des produits qui n’apportent pas grand-chose. Toutes les propositions sont alors bienvenues pour mettre au point des compensations visant à offrir des privilèges à l’AB au détriment de l’AC…

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Ces mesures relèvent en réalité de la planification alimentaire, laquelle, pour comble, sans présenter de vertus sanitaires, nutritionnelles ni particulièrement écologiques, nie la liberté de chacun dans ses choix alimentaires et nous force indirectement à consommer « bio » par le biais de nos impôts.

Tout Français est libre de produire ou de manger «bio»; il en va de la liberté de conscience de chacun. Il n’est toutefois pas acceptable que ce libre choix soit faussé par l’État, que ce soit en faveur de l’AB ou d’une autre forme d’agriculture. Par conséquent, l’IREF propose de suspendre les subventions spécifiques accordées à l’AB. Il faudrait aussi privatiser le label AB, abolir le monopole intellectuel sur le mot « biologique » et supprimer la rente de consommation « bio » dans la restauration collective, afin d’assurer une libre concurrence entre les producteurs français, qui ont tous des produits de grande qualité à nous offrir. •

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