Glyphosate : « Ne cédons pas à la chimiophobie »

Insiste Robin Mesnage, ancien collaborateur de Séralini

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Membre du CRIIGEN et auteur d’une thèse réalisée dans l’équipe du Pr. Séralini étudiant les effets des pesticides et des OGM sur la santé, Robin Mesnage est aujourd’hui toxicologue au département de génétique moléculaire et médicale du King’s College de Londres. Il revient en exclusivité pour A&E sur le cas du glyphosate. Les propos tenus par l’auteur n’engagent pas le CRIIGEN.

Aux yeux de l’opinion publique, le glyphosate apparaît comme le pire des pesticides. Est-ce aussi le cas au regard des connaissances scientifiques ?

Le glyphosate est loin d’être le principe actif de pesticides le plus toxique. Je trouve la communauté scientifique assez unanime sur ce sujet, la plupart des toxicologues s’accordant pour dire que les personnes exposées à de faibles doses de glyphosate ne courent pas de risques.

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Le principal point de discorde porte sur des études scientifiques qui suggèrent que les expositions professionnelles pourraient entraîner le développement de lymphomes. Si ces études sont solides, il demeure néanmoins des lacunes scientifiques dans nos connaissances sur les effets du glyphosate et de ses formulations. De nouvelles études seraient les bienvenues, afin de confirmer la relation dose-effet, par exemple.

Ne pensez-vous pas que l’affaire du glyphosate occulte des problèmes sanitaires plus urgents ?

Les débats autour de l’affaire du glyphosate ont eu des côtés positifs car ils ont permis de remettre en question l’évaluation des pesticides, ce qui était une nécessité. En revanche, ils ont aussi déclenché une surmédiatisation qui a eu de nombreux côtés négatifs, occasionnant de nombreuses dérives. Ainsi, il est désormais devenu difficile pour le grand public de démêler ce qui est vrai de ce qui est faux. La majorité des gens, y compris les décideurs, ne lisent pas les publications scientifiques, mais les journaux. Les journalistes scientifiques jouent donc un rôle très important pour transmettre l’information avec rigueur.

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Vous avez exprimé vos réticences concernant l’interdiction
du glyphosate, en invoquant notamment des usages essentiels de cet herbicide. De quoi s’agit-il ?

De nombreux secteurs sont dépendants du glyphosate. Les tenants et les aboutissants sont très différents selon que l’on parle des usages esthétiques, telle la pulvérisation sur le bord des trottoirs, ou des usages agricoles. Le glyphosate est essentiel pour les exploitations qui pratiquent l’agriculture de conservation des sols et les alternatives sont souvent plus coûteuses, moins efficaces, et parfois même plus toxiques pour l’homme ou l’environnement. Il est clair, toutefois, que ces exploitations devront apprendre à diversifier leurs pratiques de désherbage. Dépendre d’un seul pesticide ne peut pas constituer une stratégie durable. Cependant, la transition ne peut pas se faire du jour au lendemain.

Il me semble judicieux d’aller vers une agriculture où des pratiques de prophylaxie inspirées de l’agroécologie sont intégrées au désherbage chimique et mécanique. Je trouve légitime que l’on cherche à réduire les expositions aux pesticides toxiques, mais, dans cette optique, le glyphosate est loin de figurer en haut de la liste.

Pensez-vous que la présence de résidus de glyphosate dans l’alimentation pose un problème sanitaire ?

Il n’y a pas une seule étude à ce jour qui montre que la présence de résidus de glyphosate dans l’alimentation constitue un risque pour les consommateurs.

On ne peut pas dire pour autant que l’on connaisse parfaitement la toxicologie du glyphosate. Il y a encore des zones d’ombre, comme les effets cancérigènes ou les effets sur la flore intestinale, que je suis en train d’étudier au King’s College de Londres. Cependant, il ne faut pas partir avec des préjugés sur les produits chimiques et céder à la chimiophobie. Ce n’est pas parce qu’un composé chimique est toxique chez les plantes qu’il le sera chez l’être humain. Il y a même certaines molécules qui sont utilisées à la fois comme médicaments et comme pesticides. Il existe bien sûr de nombreux polluants chimiques qui sont toxiques et participent à une flambée de maladies chroniques, mais il faut faire preuve de discernement.

Tout comme pour le glyphosate, ne faudrait-il pas dépassionner le débat sur les OGM ? Pensez-vous notamment que l’agriculture en général, et biologique en particulier, devraient se passer des biotechnologies végétales?

Le débat sur la sécurité sanitaire des OGM a eu de bonnes raisons d’exister. Lorsque les premiers OGM qui accumulent des résidus de pesticides ont commencé à être commercialisés, ils n’avaient pas été entièrement étudiés quant à leurs effets sur la santé. Il y avait des lacunes scientifiques et réglementaires à combler.

Depuis lors, de l’eau a coulé sous les ponts. Il faut désormais dépasser les clivages pour assurer une alimentation durable. Les biotechnologies végétales offrent des solutions qui peuvent être très efficaces. Les semences dites « artisanales » peuvent coexister sans problème avec les OGM. Toutes les solutions sont bonnes à prendre pour être à la hauteur du défi climatique et démo- graphique. Pourquoi ne cultiverait-on pas des plantes génétiquement modifiées en utilisant des approches agro-écologiques ?

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