Peut-on revenir sur l’interdiction des OGM ?

edito gil riviere-wekstein
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Depuis 2015, aucune plante transgénique ne peut plus être cultivée en France. C’est la date à laquelle la France a signalé à l’Union européenne son souhait d’être exclue de la portée géographique des autorisations et des demandes d’autorisation pour la mise en culture des variétés qui répondent à la directive 2001/18. Pour les semenciers et les potentiels utilisateurs de ces variétés, le dossier est donc considéré comme clos. C’est bien le constat qu’ont pu établir les distributeurs du documentaire américain pro-OGM Food Evolution, qui a fait l’objet d’une inquiétante censure, principalement dans les festivals traitant d’alimentation et d’agriculture. Par ailleurs, rares sont celles et ceux qui se sont mobilisés pour le faire connaître ou pour participer aux débats qui ont suivi les quelque cinquante projections du film effectuées en 2019.

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Il est clair que l’affaire Séralini et ses fameux « rats médiatiques » ont joué un rôle décisif pour imprimer dans l’inconscient collectif français une image effrayante de tout ce qui peut s’apparenter aux OGM. Comme le remarque sur son blog Hervé Le Bars, le porte-parole de l’Association française pour l’information scientifique, quoique les conclusions de l’étude du chercheur de Caen aient été rejetées par l’ensemble des agences d’évaluation du monde entier, les médias français persistent néanmoins à y faire référence. Ainsi, France 2 a diffusé le 17 janvier 2019, à une heure de grande écoute, une enquête d’ « Envoyé Spécial » intitulée « Glyphosate : comment s’en sortir ? ». On y retrouve le même Gilles-Éric Séralini, présenté comme l’auteur « d’une des enquêtes les plus dérangeantes publiées sur le Roundup ». Le 25 février 2018, France 5 proposait un documentaire intitulé « Soja, la grande invasion », permettant au « lanceur d’alerte » de réitérer ses annonces alarmistes. Le 10 avril 2018, c’était au tour d’Arte de donner la parole au chercheur dans un dossier intitulé « OGM : mensonges et vérités ». Et trois mois plus tard, le 17 juillet 2018, Arte rechutait en diffusant un documentaire intitulé « Pesticide et santé », assorti des mêmes commentaires sur l’étude de Séralini, dont les résultats seraient « effrayants », avec des « maladies graves et morts prématurées ». Bref, « Pendant ces sept années – 2012 à 2019 –, le service public audiovisuel français a régulièrement rediffusé sans distance critique l’alerte de Gilles-Éric Séralini sans mentionner l’avis des institutions scientifiques compétentes », constate Hervé Le Bars.

À la suite de la publication des travaux de Séralini, plusieurs pays ont décidé de mettre en place un moratoire sur les OGM. Ce fut le cas du Kenya. Cependant, on assiste à un retour à la raison dans la capitale kenyane, le gouvernement ayant annoncé le 19 décembre dernier qu’il autoriserait la commercialisation d’un coton génétiquement modifié. « La culture commerciale du coton BT doit permettre aux fermiers d’obtenir de meilleurs revenus grâce à une augmentation de la production », explique le communiqué de presse de la présidence. Une décision qui va sans aucun doute marquer un tournant dans la région, eu égard à la position et au rôle stratégique du Kenya en tant que première économie d’Afrique de l’Est. En revanche, en France – et plus généralement en Europe –, l’irrationnel et la peur persistent. À moins qu’il ne s’agisse tout simplement du manque de courage d’une élite politique tétanisée par cette vague verte, qui a pris le contrôle de notre imaginaire.

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