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La guerre contre les espèces invasives aura-t-elle lieu ?

Coécrit par Romain Lasseur, docteur en biologie, et l’essayiste Olivier Vial, La guerre contre les espèces invasives aura-t-elle lieu ? brosse un panorama alarmant sur la menace que constituent les espèces invasives et les raisons qui rendent la riposte si lente

L’histoire du frelon asiatique est l’exemple le plus parlant de la thèse défendue par Olivier Vial et Romain Lasseur dans La guerre contre les espèces invasives aura-t-elle lieu ? (Éditions du Rocher, mars 2026) : face aux espèces invasives, la riposte n’est pas à la hauteur du problème. Cachée dans un conteneur en provenance de Chine, une unique femelle fécondée débarque en 2004 chez un horticulteur du Lot-et-Garonne. Lequel signale immédiatement l’insecte aux autorités compétentes. Réponse : un simple constat.

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Vingt ans plus tard, les analyses génétiques confirment que cette seule fondatrice est la mère de l’ensemble des colonies françaises : entre 500 000 et un million de nids, selon Denis Thiéry, directeur de recherche à l’Inrae de Bordeaux. L’éradication est désormais jugée irréaliste : il faudrait, chaque année, détruire 95 % des nids pour réduire simplement la population de moitié en sept ans, alors qu’on n’en détruit que 30 à 40 %. Or, le frelon asiatique n’a rejoint la liste européenne des espèces exotiques envahissantes préoccupantes qu’en 2016, la liste française qu’en 2018, et il faudra attendre jusqu’au 14 mars 2025 pour qu’une loi spécifique voie le jour. Soit vingt et une années d’inaction. Une consolation, toutefois : ce frelon est l’un des rares prédateurs de la pyrale du buis (Cydalima perspectalis), introduite accidentellement en Europe dans les années 2000, et considérée comme l’espèce invasive la plus virulente connue, apte à tuer tous les buis de France et de Navarre.

Le livre documente également plusieurs autres espèces, pas nécessairement exotiques, qui ont un impact direct sur l’agriculture. Ainsi, la population de sangliers a été multipliée par 24 en cinquante ans : plus de 30 000 hectares de cultures sont ravagés chaque année, dans un contexte où les associations animalistes multiplient les recours contre les arrêtés préfectoraux de chasse et les battues administratives. Les ragondins, dont chaque individu consomme jusqu’à 730 kg de végétaux par an, s’attaquent au maïs, au blé, aux betteraves et aux cultures maraîchères. Les auteurs chiffrent les pertes de 200 à 250 millions d’euros par an, tandis que les piégeurs subissent un harcèlement croissant de la part des militants anti-chasse – pendant que la population du rongeur croît de 15 % par an en dépit des 600 000 captures annuelles.

Les fourmis invasives, encore méconnues, sont en expansion rapide. En Corse, Tapinoma magnum détruit déjà les cultures maraîchères. De même, détectée dans le Var en 2022, est en train de s’installer la fourmi électrique (Wasmannia auropunctata) qui, dans les zones tropicales, a fait chuter la production de fruits jusqu’à 80 % en éliminant les pollinisateurs. Les exemples ne manquent pas. Les initiatives pour limiter les dégâts, si.

Le chapitre 8, consacré à la convergence entre animalistes et environnementalistes, constitue l’une des parties les plus stimulantes du livre. Les auteurs identifient ainsi deux courants. D’un côté, les animalistes héritiers de l’antispécisme : s’appuyant sur les travaux de Thomas Lepeltier (Faut-il sauver l’ours blanc ?), les auteurs montrent comment la logique antispéciste rend illégitime toute lutte contre une espèce invasive. Dès lors que seule compte la « sentience » individuelle (la capacité à éprouver de façon subjective certains états affectifs : douleur, plaisir, faim, peur, bien-être, stress), il n’y a aucune raison de protéger l’écrevisse à pattes blanches contre celle de Louisiane, ni les abeilles contre le frelon. Certains vont jusqu’à prôner des positions « extinctionnistes », assumant la disparition d’espèces domestiques au nom de la réduction globale de la souffrance animale.

De l’autre, les environnementalistes de l’écologie profonde, dans la lignée d’Arne Næss, qui considèrent que toute intervention humaine est par nature néfaste. L’homme devenant « le » problème, la solution consiste à l’exclure de l’écosystème pour que celui-ci s’autorégule. Cette philosophie trouve sa traduction concrète dans l’achat de centaines d’hectares par l’Association pour la protection des animaux sauvages (ASPAS), afin d’y garantir la « libre évolution » par le réensauvagement, sans l’homme.

Cette philosophie est portée notamment par la députée écologiste Sandrine Rousseau, qui expliquait en 2021 au média Reporterre vouloir « réserver une partie de notre territoire à de la nature sauvage, totale, complète, indépendante de toute action humaine ». Ce qui, selon Lasseur et Vial, aboutirait à créer un territoire où le frelon, le ragondin et la fourmi électrique prospéreraient sans entrave au détriment… de la biodiversité !

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