L’impossible pari d’Écophyto

edito gil riviere-wekstein
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Le mercredi 10 avril, un peloton formé de quatre ministres et deux secrétaires d’État présentait le plan Écophyto II+. Un temps fort pour le gouvernement qui souhaite de la sorte « réaffirmer sa volonté ferme d’atteindre les objectifs de réduction de l’utilisation des produits phytopharmarceutiques de moitié d’ici à 2025 et de sortie du glyphosate pour une majorité des usages d’ici fin 2020 ». Estimant que «  la méthode n’est pas adaptée », la FNSEA a immédiatement réagi en déplorant l’inévitable « hausse des charges sur les exploitations agricoles » ainsi que les « interdictions franco-françaises de substances et produits phytosanitaires ». « Une véritable farce qui ne sert à rien, sinon à stigmatiser les agriculteurs », a estimé, pour sa part, l’ancien président de le Coordination rurale, François Lucas. Du côté du monde de l’agrochimie, c’est plutôt la lassitude qui est de mise, attitude qui se conçoit aisément lorsqu’on sait que depuis plus de dix ans – précisément depuis le Grenelle de l’environnement de 2007 – tous les acteurs du monde agricole ne cessent de répéter la même chose : réduire de moitié l’usage des pesticides est impossible sans une mise en péril de notre modèle agricole, pourtant considéré comme le plus vertueux du monde par nos amis britanniques de la revue The Economist. Est-il nécessaire de rajouter que ce modèle permet à la France de dégager une valeur ajoutée brute de 25,5 milliards d’euros et un excédent commercial de 3 milliards d’euros, principalement fourni par les productions végétales (céréales et vins en tête)?

Car les chiffres sont sans appel : entre 2009 et 2017 – et qu’importent les grands-messes à la sauce Grenelle de l’environnement et les discours des imprécateurs anti-pesticides –, l’usage des substances actives oscille, bon an mal an, entre 63 000 et 72 000 tonnes. Chiffre qui place la France dans la moyenne européenne (au 9ème rang européen, selon le nombre de kilogrammes de substances actives vendues rapporté à l’hectare), alors même que nos cultures sont plus diversifiées que dans aucun autre pays de l’Europe. Il n’est toutefois pas facile pour les responsables politiques d’admettre que le choix d’utiliser ou non des pesticides ne se décrète pas autour d’une table, dans un bureau de la rue de Varenne, mais sur les exploitations agricoles elles-mêmes, en réponse aux réalités climatiques et à la pression qu’exercent les prédateurs des plantes. Une certitude que partagent agriculteurs conventionnels et agriculteurs bio, comme en témoignent les demandes de ces derniers pour obtenir des dérogations répétées pour l’usage de l’huile de neem, dont l’une des matières actives présente le profil d’un perturbateur endocrinien. Ou encore la mobilisation des producteurs bio pour sauver l’usage du cuivre, un fongicide indispensable pour protéger certaines cultures, dont la vigne, et qui figure sur la liste des substances candidates à la substitution, en raison de sa toxicité avérée pour l’environnement et pour l’homme. Néanmoins, plus de 7 000 tonnes de cuivre, un métal lourd persistant, sont déversées chaque année sur les terres de la Ferme France, alors qu’il existe des solutions biodégradables de remplacement, qui sont nettement plus économes en termes de tonnage et présentent un profil écotox bien plus favorable. Y aura-t-il pour autant un préfet prêt à piloter une task force pour «sortir du cuivre» d’ici trois ans?

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