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NBT : Greenpeace cible la grande distribution

Greenpeace semble bien avoir abandonné son combat contre les biotechnologies végétales et les NBT (le dernier article du site de Greenpeace USA sur les OGM remontant à novembre 2015 et les mentions « nouveaux OGM » ou « NBT »—NewBreeding Techniques — demeurant inexistantes). La multinationale verte semble déterminée à poursuivre sa campagne contre les biotechnologies végétales au sein de l’Union européenne

Prenant pour prétexte le possible assouplissement de la législation sur les New Breeding Techniques (NBT) proposé par la Commission européenne, Greenpeace envisage d’user de nouveau de la stratégie qui lui a déjà permis de faire interdire les OGM transgéniques dans les années 2000. Stratégie consistant à s’appuyer essentiellement sur la grande distribution, qui s’était alors révélée être une alliée de poids pour la mouvance anti-OGM.

D’où le sondage, commandité par Greenpeace et réalisé par Kantar Public, qui a été récemment mené auprès des Français, afin de connaître leur « opinion » sur les NBT. Ses résultats, rendus publics le 6 juillet dernier, établissent que « 77 % des personnes interrogées souhaitent que les nouveaux OGM fassent l’objet d’une réglementation stricte au niveau européen » et « 91 % des Français et Françaises estiment que les enseignes de la grande distribution doivent faire preuve de transparence et afficher clairement sur leurs produits la présence de nouveaux OGM ».

À la suite de quoi, Greenpeace France a annoncé se lancer dans une campagne « à destination des enseignes de la grande distribution afin de les mobiliser sur ce sujet qui préoccupe une majorité de Français·es ». « La grande distribution doit soutenir les consommateurs et les consommatrices », insiste l’organisation, qui « demande aux enseignes de la grande distribution de se positionner en faveur d’une réglementation stricte des nouveaux OGM ».

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Greenpeace ressort son discours anxiogène contre les NBT

Et pour ne pas faillir à son habitude d’accompagner ses campagnes d’un discours anxiogène, Greenpeace invoque « l’agro-industrie » qui « souhaite une fois de plus exposer les consommateurs et consommatrices à des risques environnementaux et sanitaires », faisant fi des quelque trente années d’expérience en dehors de la France, qui ont démontré que l’usage des OGM ne pose aucun risque sanitaire pour les consommateurs.

Sur le mode de la litanie anti-OGM déjà employée dans les années 2000, Greenpeace affirme ainsi dans un communiqué de presse que « des scientifiques et ONG environnementales s’inquiètent de la menace que cette technologie pourrait représenter pour la biodiversité et la pérennité de l’agriculture ». « Les craintes se portent aussi sur les conséquences inconnues de ces manipulations génétiques sur la santé humaine et l’environnement », poursuit l’organisation verte, qui redoute que l’adoption de ces techniques puisse contribuer à « renforcer le poids économique d’une poignée de multinationales qui s’approprient les semences, contribuant ainsi à l’industrialisation de l’agriculture et à la dépendance du monde paysan ».

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S’il n’y a rien de nouveau à noter dans ce discours anti-OGM, le sondage réalisé n’est pas pour autant dépourvu d’intérêt. Ainsi, on découvre qu’à peine 25 % des sondés ont déjà entendu le terme de « nouveaux OGM », et que moins de 20 % affirment savoir de quoi il s’agit. Autrement dit, dans le dessein de faire pression sur la grande distribution, Greenpeace instrumentalise un sondage qui montre qu’une majorité de sondés, ignorants du sujet, exigent une « réglementation stricte » ! On frise le ridicule…

Greenpeace France a annoncé se lancer dans une campagne « à destination des enseignes de la grande distribution »

Une réticence en baisse

Mais le point le plus surprenant – et, au demeurant, rassurant – de cette enquête est encore que 64 % des sondés « se disent prêts à consommer des produits alimentaires contenant des “nouveaux OGM” », même si 51 % d’entre eux reconnaissent que ce serait « avec quelques craintes ».

On peut donc raisonnablement penser que cette réticence disparaîtra, dès lors que les consommateurs disposeront d’une information sérieuse sur la nature réelle de ces nouvelles techniques de sélection variétale des plantes et sur leurs bénéfices pour l’environnement et la santé. Car, comme l’explique Rachel Blumel, de l’Union française des semenciers, pour la plupart des usages de ces techniques, « il s’agit ni plus ni moins d’amplifier ou de diminuer des caractéristiques des plantes, pour obtenir des résultats qui auraient pu être obtenus à long, voire très long, terme dans la nature ». « Contrairement aux techniques de transgénèse, ces nouvelles techniques n’introduisent pas de gène étranger dans le génome des plantes », précise encore la directrice générale de l’UFS.

La bataille européenne

Au niveau européen, Enga (European Non-GMO Industry Association), une discrète association de lobbying basée à Bruxelles se présentant comme « la voix du secteur de l’alimentation humaine et animale sans OGM au niveau de l’Union européenne », emploie la même stratégie ciblant la grande distribution. Depuis mai 2022, l’association a ainsi lancé une campagne critique contre les NBT sur la thématique « 10 choses que le secteur alimentaire doit savoir sur les nouveaux OGM », après avoir réussi, l’an dernier, à faire publier une « Résolution des détaillants contre la déréglementation des nouveaux OGM » dans laquelle les principales entreprises du secteur européen de la distribution alimentaire, comme Aldi, Lidl, Spar ou Metro, exprimaient leurs inquiétudes au sujet des NBT (voir « La grande distribution tentée par une campagne anti-NBT », A&E de juin 2021). Enfin, Beyond GM, une association britannique proche des milieux bio, en collaboration avec Slow Food, fait circuler une lettre, signée par de nombreuses structures de la nébuleuse écolobio, enjoignant la grande distribution du Royaume-Uni et de l’Union européenne de se rallier à cette coalition de détaillants européens « qui plaident pour le maintien de la réglementation et de l’étiquetage de tous les aliments génétiquement modifiés dans le cadre des réglementations OGM existantes ».

La poule aux œufs d’or

Il reste donc à savoir quelle sera la stratégie adoptée par la grande distribution, non sans rappeler que, pour nombre d’enseignes, le marché du « non-OGM » représente une véritable poule aux œufs d’or. « En Allemagne, les produits “sans OGM” et les produits biologiques génèrent désormais chacun un chiffre d’affaires à deux chiffres, avec une forte croissance année après année », reconnaît volontiers l’association Enga, qui précise « La part des produits portant les labels de qualité correspondants dans les ventes de produits alimentaires est en augmentation. La situation est similaire dans les autres pays de l’UE. Ces marchés d’avenir seraient menacés par une déréglementation. »

Ces enseignes, qui ont dopé leur chiffre d’affaires grâce à une stratégie basée sur le marketing de la peur, craignent en effet de voir leur échapper le filon du « sans OGM ». C’est tout particulièrement le cas du secteur bio, aujourd’hui en difficulté : « L’interdiction des OGM, clairement définie dans le règlement communautaire sur l’agriculture biologique, est un argument de vente important pour les produits biologiques, qui seraient menacés si de nouveaux OGM étaient déréglementés », résume avec inquiétude Enga.

Au niveau européen, Enga (European Non-GMO Industry Association), une discrète association de lobbying basée à Bruxelles, emploie la même stratégie ciblant la grande distribution

Pourtant, s’il y a bien un secteur qui, à terme, pourrait profiter des NBT, c’est incontestablement le bio, qui utilise déjà des variétés OGM issues de la mutagénèse. Ces techniques devraient en effet largement favoriser la création de futures nouvelles variétés plus performantes et plus résistantes aux agresseurs, dont toutes les agricultures sont demandeuses.

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