Les bles bio en recul pour la deuxième année consécutive

actualités 15 | 12 | 2014

Les bles bio en recul pour la deuxième année consécutive

Cette année, la récolte de blé tendre bio est décevante. Tant en ce qui concerne la qualité que la quantité. C’est en tout cas ce que constate FranceAgriMer dans sa note de conjoncture d’octobre 2014 [1] « La collecte de blé tendre biologique est estimée en retrait à 75 000 tonnes », précise en effet le Groupe Marché bio de l’établissement public, suite à sa réunion du 30 septembre 2014. Une situation d’autant plus préoccupante que ce recul –moins 17% par rapport à la campagne précédente–succède à la baisse de 10 % enregistrée lors de la campagne 2012-2013.

Alors que la demande en blé bio ne cesse de progresser (+4% environ par rapport à l’année précédente, selon les estimations de FranceAgriMer), la production française de cette céréale a chuté de 25% par rapport à 2012. Les surfaces en blé bio n’ayant pas diminué, ce manque de production résulte logiquement d’une baisse des rendements.

Alors que les blés conventionnels restent stables, autour de 75 q/ha, a filière du blé bio enregistre depuis 2011 une chute progressive mais régulière de ses rendements : 32 quintaux/ha en moyenne nationale pour 2011, 31 q/ha pour 2012, 28 q/ha pour 2013 et autour de 25 q/ha, selon les premières estimations, pour 2014.

Dans le Sud-Est, « les volumes ont chuté de 30 %, avec des rendements à 25 q/ha en moyenne », confirme Hervé Mucke, directeur de Bio Sud-Est. Même constat dans le Sud-Ouest. En Vendée, si la chute a été amortie avec des rendements inférieurs de 3 à 5 q/ha seulement par rapport aux autres années, les rendements restent très hétéroclites, variant entre 10 et 45 q/ha. En cause notamment, les maladies comme la rouille jaune, contre laquelle il n’existe ni méthode préventive, ni méthode curative en bio.

Une récolte fragilisée par manque de qualité

À cette baisse générale de rendements s’ajoute une baisse de la qualité. Comme le note La Dépêche du Petit Meunier dans son édition du 21 octobre 2014 [2], les problèmes de germination ont provoqué des déclassements dans de très nombreuses régions. « Je n’avais jamais vu des blés, pas encore mûrs, en train de germer sur pied, début juillet », déplore Jean-Paul Pautard, le président de Cocebi, la coopérative bio de Bourgogne. Chez Dijon Céréales, ce sont 40 % des blés qui ont été déclassés, relate La Dépêche.

En revanche, Cavac, la principale coopérative vendéenne, a pu sauver une grande partie du blé bio grâce à la réaction rapide de ses responsables. « À la Cavac, nous avons enclenché la récolte rapidement, puis séché le blé, ce qui a évité la germination », explique Pascal Gury, président de la Section Bio d’Intercéréales.

Néanmoins, les teneurs en protéines, de même que les seuils d’indice de chute de Hagberg [3]–deux des critères qui servent à sélectionner les lots de blés destinés à la panification–, ont dû être revus à la baisse par les meuniers afin de limiter le niveau de déclassement. « Certains meuniers ont accepté des temps de chute de 150 secondes, au lieu de 250 habituellement », confirme La Dépêche du Petit Meunier. Pour eux, c’était en effet le seul compromis possible pour pouvoir continuer à vendre des lots de farines étiquetés « origine française ».

Toutefois, ces petits arrangements ne permettent pas de stopper l’augmentation considérable des importations de blés bio étrangers. Celles-ci devraient même doubler par rapport à 2012 ! Alors qu’elles se situaient à 25000 tonnes pour la campagne 2012-2013, FranceAgriMer annonce des importations à hauteur de 50 000 tonnes pour 2014, dont 30 000 tonnes pour les fabricants de farines et d’aliments pour le bétail. Ainsi, environ un quart de leurs besoins, qui s’élèvent à 120000 tonnes, ne pourront être couverts que grâce aux importations de blé bio venu d’Europe ou de plus loin encore. « La crainte de manquer de blé bio et de subir une envolée des prix, qui affecterait la pérennité de la filière, explique ces achats extérieurs, venus d’Europe de l’Est, et même d’origines plus lointaines », souligne La Dépêche. Concilier bio et production locale n’est donc toujours pas d’actualité.

Seule note positive, la récolte ayant été médiocre partout en Europe, les cours restent fermes, aux alentours de 400-450 euros la tonne. De quoi satisfaire les producteurs ! En tout cas, ceux qui auront su garantir un niveau de rendement raisonnable...

[2Le Petit Meunier, Blé tendre bio, collecte en repli, demande en hausse, 21 octobre 2014.

[3L’Indice de chute de Hagberg (TCH) permet d’évaluer l’activité amylasique d’une farine, c’est- à-dire sa capacité à dégrader l’amidon en sucres simples assimilables par les levures.

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