actualités 27 | 03 | 2008

Des produits interdits retrouvés dans la cire des ruches, révèle une étude encore non publiée de l’Afssa

Selon une nouvelle étude que l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa) devrait très prochainement publier [1] et dont A&E s’est procuré une copie, les résultats de deux enquêtes sur les mortalités hivernales de colonies d’abeilles mettent en évidence :

- 1 : l’absence de résidus d’origine agricole dans les ruchers morts ;
- 2 : que le non-traitement ou les mauvais traitements contre la varroase sont les seuls éléments qui distinguent les ruchers morts des ruchers ayant survécu à l’hiver et bien portants ;
- 3 : la présence de substances interdites dans les cires des ruches.

Ces résultats vont clairement « à l’encontre de l’opinion selon laquelle la présence de résidus toxiques d’origine agricole dans les ruchers est la principale cause des mortalités hivernales de colonies en France », peut-on y lire.

L’équipe de Michel Aubert, a entrepris deux enquêtes distinctes durant l’hiver 2005-2006. L’une portait sur sept ruchers localisés sur le plateau de Valensole (Haute-Provence), et l’autre sur dix-huit ruchers répartis dans toute la France (Aveyron, Dordogne, Haute-Garonne, Hérault, Loire, Lozère, Orne, Puy-de-Dôme, Pyrénées-Atlantiques, Hautes-Pyrénées, Rhône, Deux-Sèvres, Vienne). « L’enquête a porté sur le diagnostic des principales maladies des abeilles, la gestion sanitaire conduite par l’apiculteur et la recherche de résidus toxiques dans les abeilles, le miel et la cire. Alors qu’aucune origine toxique agricole n’a pu être attribuée à ces mortalités, la varroase, la nosémose et les maladies du couvain, alliées à une gestion sanitaire déficiente, ont été les caractéristiques communes de toutes les mortalités observées », peut-on lire dans la conclusion. Les auteurs de l’étude soulignent que les « résultats témoignent de la gravité de la varroase et de son ubiquité ». « Il y a une relation directe entre la qualité des traitements contre la varroase et le taux de mortalité. Ce qui ne veut pas dire que d’autres maladies ne sont pas impliquées dans les mortalités. Simplement, elles s’additionnent à varroase », note Michel Aubert.

Cette nouvelle étude confirme trois points essentiels. D’abord, le véritable niveau d’infestation des ruchers par diverses pathologies n’est pas considéré à sa juste valeur. C’est le cas de maladies très répandues, comme celle causée par Varroa destructor, mais aussi d’autres parasitoses, comme celle due à Acarapis woodi (l’acarien des trachées). Cette dernière pathologie avait été retirée de la liste des maladies contagieuses depuis sa raréfaction en France. Pourtant, elle réapparaît . « Sa recherche devrait donc être pratiquée lors des épisodes de mortalité d’hiver et de printemps », estime Jean-Paul Faucon, auteur de l’étude. Le texte souligne également que la nosémose, fréquemment mise en évidence lors des analyses effectuées depuis 1987, est présente, mais sans signes cliniques apparents, « ce qui conduit à négliger sa pathogénie ». Ne disposant alors pas de méthode d’analyse pour distinguer Nosema sp de Nosema ceranae, l’équipe de l’Afssa est restée très discrète quant au rôle de ce protozoaire. Toutefois, l’étude note que « Nosema ceranae, décrite récemment par Higes et suspectée d’être plus pathogène que N. api., est présente en France depuis au moins 2002 ».

Les chercheurs de l’Afssa rappellent que « parmi les actions perturbatrices de Nosema sp. et/ou de Varroa destructor, en automne et en hiver, il faut citer l’atrophie des glandes hypopharyngiennes et la transformation anticipée des abeilles d’intérieur en butineuses, qui est à l’origine du symptôme de ruche vide avec fortes réserves de miel et de pollen ». Déjà, en 1983, ce symptôme avait été décrit en France, bien avant la mise sur le marché des insecticides systémiques d’enrobage des semences.

Pourtant, bon nombre de responsables apicoles continuent à sous-estimer l’importance du rôle des pathologies dans les mortalités d’abeilles. « Ils attribuent souvent d’emblée la mortalité hivernale à des causes toxiques – au premier rang desquelles ils placent l’imidaclopride ou le fipronil ». A leur décharge, il faut reconnaître que « l’efficacité variable des traitements, la variabilité et la disponibilité en qualité et en quantité de l’alimentation pollinique, la rigueur variable des conditions météorologiques agissant seules ou en synergie avec les agents pathogènes... sont autant de facteurs qui modulent l’influence du varroa sur les abeilles, particulièrement en période automnale de préparation à l’hivernage », indique l’étude.

L’étude soulève surtout le problème des traitements des maladies. Lorsqu’ils sont réalisés, c’est d’une part trop souvent avec des procédés « maison » (comme des lanières imbibées d’amitraze (bricolage dont l’efficacité est toute relative). D’autre part,

certains traitements sont effectués avec des produits qui ne disposent pas d’autorisation de mise sur le marché (AMM), comme le coumaphos (un organophosphoré neurotoxique retrouvé jusqu’à hauteur de 4,08 mg/kg dans les cires !) ou le fluvalinate (un neurotoxique de la société Makteshim). Or, à lui seul, le coumaphos pourrait être responsable d’une toxicité chronique, estiment les auteurs. « Différentes raisons expliquent la réticence des apiculteurs à utiliser des traitements ayant une AMM, parmi lesquelles le coût et l’efficacité », note Michel Aubert. Il est vrai que parmi les trois médicaments qui disposent d’une AMM en France, l’Apistan (à base de tau-fluvalinate) induit l’apparition de résistances, l’Apiguard (à base de thymol), a une efficacité moyenne, et l’Apivar (à base d’amitraze) donne parfois de mauvais résultats, sans que les raisons de ces échecs soient toujours identifiables. Ainsi, il est surprenant que les syndicats apicoles – qui par ailleurs n’hésitent pas à solliciter les bons services du ministère de l’Agriculture au sujet des pesticides – ne se préoccupent pas davantage de l’impasse de la protection sanitaire à laquelle est confrontée l’apiculture française.

Dernier point, « alors que les pesticides font l’objet d’une suspicion croissante, ils sont absents des ruchers de toutes origines qui ont subi des mortalités importantes et que nous avons analysés dans cette enquête », constate l’équipe de l’Afssa. Certes, à force de campagnes médiatiques, on a presque fini par oublier que les abeilles pouvaient mourir d’autre chose que d’intoxications chimiques...

Entre la première étude de l’Afssa sur les mortalités d’abeilles, effectuée durant l’hiver 1998, et aujourd’hui, « la situation sanitaire des ruchers français est restée aussi préoccupante. L’impact de la varroase est toujours fort, et peut-être même s’est-il accru en raison des signes de désintérêt des apiculteurs pour la pathologie classique et sa prévention ». « Aucun de ces résultats ne nous surprend », commente Jean-Paul Faucon, qui ajoute que ceux-ci « sont comparables à ceux que nous avions obtenus lorsque nous avions recherché l’origine de la mort de quarante et un ruchers survenue lors des hivers 1998-1999 et 1999-2000 en France, et que nous avions mis en évidence le rôle dominant de la varroase, associé à l’utilisation de traitements acaricides insuffisamment efficaces, et celui de Nosema » .

L’apiculture française est donc en train de payer très cher l’entêtement pathétique de ses responsables, qui n’ont que le mot « pesticide » à la bouche.

[1Mortalités de colonies d’abeilles (Apis mellifera) au cours de l’hiver 2005-2006 en France : enquête sur le plateau de Valensole et enquête générale. Jean-Paul Faucon, Marie-Claude Clément, Anne-Claire Martel, Patrick Drajnudel, Sarah Zeggane, Frank Schurr et Michel Aubert, Afssa.

thymol apiculture

Articles analogues