Au sujet de Dominique Belpomme par le professeur David Khayat

décryptage 27 | 11 | 2005

Au sujet de Dominique Belpomme par le professeur David Khayat

Voici le texte intégral de la réponse du professeur David Khayat, cancérologue à l’hôpital de La Salpêtrière à Paris, et Président de l’Institut national du cancer depuis 2004, à un auditeur lors de l’émission Radio-Com C’est vous ! sur France Inter, le 21 novembre 2005.

EXTRAITS :

Jean-Jacques, auditeur au téléphone de la Haute-Marne
Bonjour.

Stéphane PAOLI
Merci à vous de nous appeler. Vous êtes en ligne en Haute-Marne. Bienvenue à vous.

Jean-Jacques
Oui, je suis un peu étonné par le discours du médecin qui parle en ce moment et qui est en décalage complet avec le discours de d’autres grands cancérologues - je pense au professeur BELPOMME - qui nous disent pas du tout “ la situation s’améliore, ça va mieux ” sur le plan du traitement du cancer, qui nous disent, au contraire : “ Les choses se dégradent ”. Notamment, parce qu’il y a de plus en plus de cancers dans la population liés aux agressions environnementales, c’est-à-dire liés aux molécules chimiques qui sont de plus en plus dans les produits de grande consommation, dans les produits courants et qui font que, aujourd’hui, les statistiques sont trompeuses. On soigne de plus en plus de cancers mais ce sont des cancers des enfants, comme le médecin vient de le dire, et qu’en revanche que le plan de la population générale, il y a de plus en plus de cancers. On arrive à un pallier dans le traitement de ces cancers. On ne sait plus les soigner. Aujourd’hui, la situation n’est pas du tout... En fin, le professeur parlait tout à l’heure du dernier mort de la dernière bataille, ce que dit le professeur BELPOMME, c’est tout le contraire. C’est pas du tout “ on est prêt du dernier mort de la dernière bataille ” c’est, à l’inverse : “ On est en train de perdre la bataille et la guerre ”.

Stéphane PAOLI
Alors, comment, professeur KHAYAT, faire la part de la réalité.

Professeur David KHAYAT
Non, mais attendez, c’est très simple. Attendez, je crois qu’il faut être simple. On va laisser à monsieur BELPOMME la responsabilité de ses propos. Ils ne sont étayés par aucune donnée scientifique. C’est simplement l’expression d’un pessimisme particulier à ce confrère. Je crois qu’il est temps que nous ne donnions pas un statut de qualité scientifique à ce qu’il a dit car ça n’est rien de scientifique.

Il faut savoir d’où vient cette polémique. Le professeur BELPOMME a utilisé à contresens un mot anglo-saxon. Effectivement, dans tous les documents anglo-saxons, à l’Institut du cancer américain, etc. on dit bien que 70 % des cancers sont dus à l’environnement... sont dus aux facteurs d’environnement « environmental factors ». Sauf qu’aux Etats-Unis, quand on parle d’environmental factors on veut dire le tabac, l’alimentation, le soleil, les virus, les bactéries, les radiations. Tous les facteurs autres que les facteurs dit “ endogènes ”, c’est-à-dire les hormones, grosso modo.

Quand en France, le professeur BELPOMME traduit ce mot par, l’environnement, 70 % des cancers sont dus à l’environnement, il laisse planer l’idée qu’en fait ça veut dire la pollution. Pourquoi ? Parce que, en France, quand on dit “ environnement ”, on dit “ pollution ”. C’est faux. L’Académie de médecine vient de sortir, est en train de sortir, moi j’ai déjà eu accès à ce document - mais je pense qu’il va être rendu public assez rapidement, à une très très grosse étude, plusieurs centaines de pages - dans lequel ils reprennent les causes de cancer en France. La pollution, c’est-à-dire ce que nous en France nous appelons “ l’environnement ” c’est presque rien. Naturellement, même ce serait une mort, ce serait une mort de trop mais revenons à la réalité. Comparé au tabac, c’est rien. Le tabac, c’est 60.000 morts dont la majorité par cancer, un peu plus de la moitié par cancer. Là, où la pollution, dans son ensemble, la pollution dans le sens où nous l’entendons, nous, en France, c’est-à-dire la pollution dans l’eau, la pollution dans l’air, la pollution dans ce que nous mangeons, c’est probablement moins de 3.000 cas.

Il y a, aujourd’hui, chaque année, 280.000 nouveaux cas de cancers en France. Un diagnostic fait toutes les 2 minutes. Il y a, en France, 150.000 personnes qui meurent du cancer chaque année. C’est énorme. Sur l’ensemble de ces 150.000 morts, il est vraisemblable que moins de 3 à 4.000 de ces morts sont liées à de la pollution... à des cancers liés à la pollution. Tout le reste - n’allez pas chercher ailleurs les causes de vos cancers - les causes de nos cancers, c’est quoi ? C’est parce que nous fumons. C’est parce que nous mangeons mal. C’est parce que nous avons exposé nos enfants au soleil. C’est parce que nous n’allons pas faire du dépistage. C’est parce que des femmes attrapent une maladie sexuellement transmissible qu’on appelle, qui est une infection du col, par un papilloma virus qui donne un cancer du col. C’est parce que nous avons une bactérie dans l’estomac qui s’appelle hélicobactère et qui donne le cancer de l’estomac, etc. Il y a des causes parfaitement connues à nos cancers qui n’ont rien à voir avec la pollution.

Même l’Académie, non seulement les Américains le disent aujourd’hui, choqués du débat français, franco-français sur ce sujet, mais même l’Académie de médecine aujourd’hui va sortir son rapport : “ Causes du cancer en France ” et vous verrez que cela confirme ce que je suis en train de vous dire.

Stéphane PAOLI
Merci professeur KHAYAT d’avoir répondu à l’invitation de FRANCE INTER, ce matin. Je rappelle que vous êtes cancérologue à l’hôpital de La Pitié-La Salpêtrière à Paris. Vous êtes le président de l’Institut national du cancer.

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