édito 08 | 11 | 2004

Un verdict encombrant !

Le 25 mai dernier, le ministre de l’Agriculture Hervé Gaymard a décidé de suspendre l’utilisation du Gaucho, après le retrait du Régent TS le 24 février, sous prétexte que la non responsabilité de l’utilisation de ces insecticides dans la mortalité des abeilles n’était pas prouvée. Le ministère a également ordonné aux 95 services vétérinaires départementaux de recenser l’ensemble des troubles chez les populations des abeilles, afin de confirmer ou infirmer cette hypothèse. Avec de tels enjeux, et forts de leurs propres certitudes, les apiculteurs avaient tout intérêt à se montrer très coopératifs et à avertir les services compétents dès l’apparition des moindres troubles. Pour la première fois en France, on pouvait donc s’attendre à un vaste recensement, élément fondamental dans l’éclaircissement de ce dossier controversé.

Accusés de tous les maux, le Gaucho et le Régent TS ont fait la une des médias durant l’été : on en aurait retrouvé dans la margarine ; ils seraient responsables de la mort d’une centaine d’hirondelles dans l’Yonne... La presse agricole spécialisée elle-même a surenchéri. Ainsi, le numéro de septembre du mensuel Cultivar titrait : « Eté noir pour les abeilles ». L’article accusait ni plus ni moins les distributeurs d’avoir utilisé une « politique commerciale offensive (...) afin d’écouler les stocks de Régent et Gaucho avant leur interdiction l’an prochain ». Ce qui expliquerait une « année exceptionnellement noire pour les abeilles », conclut le journaliste anonyme... Cependant, c’est au Professeur Dominique Belpomme que revient la palme de l’amalgame et de la confusion. Dans le quotidien Midi Libre du 15 octobre, à la veille du congrès des Apiculteurs, ce dernier explique que « la molécule Fipronil, contenue dans le Régent et le Gaucho (sic !), est un polluant organique persistant, Pop ». Faux ! Comme nous l’a confirmé Patrick Ravanel, chercheur sur le Fipronil à l’université Joseph-Fourier de Grenoble, cette molécule est un composé organique dont la dégradation photolytique a été démontrée en laboratoire ; en outre, c’est un produit qui se métabolise dans le tournesol et le maïs et qui n’a pas du tout la stabilité des polluants organiques persistants, comme par exemple le DDT. C’est la raison pour laquelle le Fipronil ne figure dans aucune liste de Pop... contrairement aux affirmations hâtives de M. Belpomme.

Pendant ce temps, les services vétérinaires départementaux ont effectué leur travail et finalement remis leur étude, rendue publique mi-octobre. Leur verdict est sans équivoque : en tout et pour tout : 142 cas de mortalité brutale d’abeilles et 238 cas de dépopulation (dont 119 cas pour le seul département du Doubs, qui selon les propres termes des auteurs de l’étude, proviendraient de « lettres d’apiculteurs ressemblant à une pétition »). Sur les 1.345.620 ruches de France, 8.574 ont été atteintes, soit 0,64%. Aucune mortalité n’est signalée dans les Landes, où le maïs Gaucho est abondamment cultivé. Dans le Loiret, où les apiculteurs avaient accusé le Gaucho, ce sont la loque, la varroase, les mauvaises pratiques sanitaires apicoles et le climat, que les services vétérinaires ont retenus comme responsables de la mortalité. Les départements les plus touchés sont ceux situés en moyenne montagne, où il n’y a pas de grandes cultures. Nulle part dans l’étude le Régent TS et le Gaucho ne sont mis en cause.

Aujourd’hui, le ministre détient les preuves qui lui faisaient tellement défaut en mai. Il lui reste à... suspendre sa décision de suspendre le Gaucho et le Régent TS. A moins qu’il ne donne raison à la Confédération Paysanne, qui met en doute la compétence des services vétérinaires !

justice apiculture

Articles analogues