Panique à bord et copinage
Gil Rivière-Wekstein
édito de juillet/août 2016
édito 10 | 07 | 2016

Panique à bord et copinage

François Houllier, l’actuel président de l’Inra, pourrait laisser sa place à Philippe Mauguin, le directeur de cabinet du ministre de l’agriculture, Stéphane Le Foll. En tout cas, c’est le désir du Prince, et ça passe très mal.

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Stéphane Le Foll et Philippe Mauguin

D’abord auprès de M Houllier lui-même. Il a d’ailleurs clairement indiqué son souhait de poursuivre son action à la tête de l’institut de recherche pour un second mandat de quatre ans. L’homme est apprécié et très respecté par ses équipes. « François Houllier est un chercheur reconnu internationalement qui a su renouer un dialogue constructif avec le monde agricole », confirme Mylène Ogliastro, chercheuse en virologie à Montpellier. Elle estime en revanche que Philippe Mauguin n’a aucune légitimité. « Il n’est pas chercheur. Son arrivée acterait l’idée qu’on peut mettre le premier politicien venu à la place d’un scientifique et qu’on ne verrait pas la différence », poursuit l’animatrice du collectif @inralerte. « On ne nommerait pas un infirmier à la tête d‘un bloc opératoire sous prétexte qu’il a des notions de physiologie humaine », résume pour sa part Jean-François Launay, le dir Com’ de l’Inra.

Ensuite auprès du personnel de l’institut de recherche, vent debout contre ce « possible parachutage d’une personne extérieure au monde de la recherche ». En moins de trois jours, une pétition d’un Collectif de chercheurs de l’Inra exigeant le retrait de Mauguin a ainsi réuni plus de 2500 signatures ! Certains commentaires qui accompagne la pétition sont durs : «  acte de piratage politique », « parachutage de copains », « apparatchik de cabinet », « viol caractérisé de la déontologie des fonctionnaires ». Pour sa part, Frédéric Dardel a déjà annoncé sa démission en tant que président du conseil scientifique de l’Inra.

Enfin, cette nomination est également très mal vécue par la profession agricole, comme le témoigne les propos de Xavier Beulin, le président de la FNSEA, qui ne cache pas sa préférence pour François Houllier. La gestion lamentable par la rue de Varenne des dossiers agricoles pendant maintenant quatre années ne pèse pas vraiment en faveur de cet haut fonctionnaire, spécialiste en « socio-économie de l’innovation », certainement plus préoccupé par l’avenir politique de son ministère que de l’agriculture française. Le bilan du ministre – et de son directeur de cabinet – n’est en effet pas des plus reluisant.

Bien entendu, l’opposition parlementaire s’est immédiatement saisie de ce cas, évoquant « une faute juridique, morale et éthique », voir un « recasage de copains vers des autres cieux plus cléments... ». D’autant plus que cette promotion confirme une curieuse migration de hauts fonctionnaires et collaborateurs ministériels ou élyséens qui quittent le navire à moins d’un an des prochaines élections présidentielles. « La gauche y voit un signe supplémentaire que plus personne ne croit à la victoire en 2017 au sein de l’appareil d’Etat pour se mettre ainsi à l’abri », note Libération.

Stéphane Le Foll, lui, y voit simplement un «  procès d’intention totalement injustifié ». Et il s’accroche à cette nomination, comme le varroa sur le dos d’une abeille. Il faut dire qu’en 2012, lorsque Philippe Mauguin a rejoint son cabinet, le ministre lui avait promis la tête de l’Inra pour 2016. Et comme tout le monde le sait, Stéphane Le Foll supporte difficilement de voir ses projets contrariés. Surtout, lorsqu’ils manquent de bon sens.

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