Un caprice Royal à deux milliards d'euros
édito de Gil Rivière-Wekstein
Un caprice Royal à deux milliards d’euros
édito 18 | 09 | 2017

Un caprice Royal à deux milliards d’euros

Matignon l’a confirmé, la position de la France dans le dossier du glyphosate n’a pas changé. Qu’importent les avis des diverses agences sanitaires, qui confirment de façon unanime qu’utilisée correctement, cette molécule ne pose de problème ni pour la santé ni pour l’environnement, la France votera contre le renouvellement du glyphosate lors de la réunion des Etats membres de l’Union européenne les 5 et 6 octobre prochains à Bruxelles. Habilement monté par l’ancienne ministre de l’Environnement Ségolène Royal, à qui son ex-mari, échouant à lui faire entendre raison, a laissé les coudées franches, le piège du glyphosate vient de se refermer. À l’Elysée, on estime en effet difficile de revenir sur ce vote négatif. Du moins tant que le Président aura besoin de maintenir Nicolas Hulot au sein de l’équipe gouvernementale.La France s’étant mise hors-jeu, le sort de cet herbicide dépend désormais de l’Allemagne. Ou plutôt de la coalition à laquelle aspirera Angela Merkel, qui bénéficie aujourd’hui du statut de favorite pour les élections fédérales du 24 septembre prochain. Et rien n’est gagné. A l’heure actuelle, l’avis du pays de Goethe sur le glyphosate demeure encore inconnu. Tout comme celui des autres Etats (Italie, Grèce, Luxembourg, Autriche, Bulgarie et Portugal) qui ne s’étaient pas positionnés lors de la dernière consultation. Or, l’entrée des Verts, ou plus probablement du parti libéral-démocrate (FDP) de Christian Lindner crédité de 8 à 10% des voix, dans une coalition avec le parti conservateur de la chancelière, pourrait parfaitement faire l’objet d’un deal qui signerait l’abandon de cet herbicide controversé.

Le comble étant que cette interdiction constituerait clairement un revers pour l’environnement. On promet de « travailler sur des mesures d’accompagnement des agriculteurs », a-t-on fait savoir au ministère de Nicolas Hulot. La belle affaire ! En réalité, tout le monde connaît la suite de l’histoire : un retrait du glyphosate entraînera inévitablement son remplacement par des cocktails d’autres herbicides à des doses plus importantes et à des coûts supérieurs. « Les agriculteurs vont utiliser des produits très rémanents qui ont un impact bien plus négatif sur l’environnement », confirme Pascal Ferey, responsable environnement de l’APCA (voir le tweet ci-dessous).

L’autre solution consistera à « ressortir la charrue ». Une option en totale contradiction avec la feuille de route transmise par le Premier ministre Edouard Philippe à son ministre de l’Ecologie, qui souhaite « trouver au plus vite une trajectoire pour réduire les émissions de gaz à effet de serre ». Sans glyphosate, c’est tout le projet de « 4 pour 1000 » qui tombe à l’eau. Elaboré par des chercheurs de l’Inra pour piéger des gaz à effet de serre, ce concept sera ainsi enterré en raison du dogmatisme stupide de l’écologie punitive.

Enfin, ce petit caprice, à la Royal, a un prix : environ 2 milliards d’euros, selon les estimations d’une étude réalisée par l’Institut Ipsos. Soit près de la moitié de l’enveloppe promise par le président Macron à la modernisation de l’agriculture. Un beau gâchis en perspective !

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